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Full text of "Breiz: poésies bretonnes"

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BREIZ 

Poésies Bretonnes 



Du même Auteur 



Poésies 



Annaïk, 1 vol. in-12. 
Breiz, 1 vol. in-12. 



Nouvelles 

Loin de Bretagne, 1 vol. in-12. 
Bretons de Paris, 1 vol. in-12. 



Histoire et Ethnographie : 

Un Argot de Nomades en Basse-Bretagne, 1 vol. in-8. 

Chansons et Danses des Bretons (ouvrage couronné 
par VAcadémie francaise), 1 vol. in-8. 

Perrinaïc, 1 broch. in-8. 

La Bretagne Armoricaine, 1 vol. in-12. 



N. QUELLIEN 



BREIZ 



Poésies Bpetomies 




PARIS 

LIBRAIRIE ORIENTALE ET AMÉRICAINE 

J. MAISONNEUVE, Éditeur 

6, Rue de Mézières et Rue Madame 9 26. 



4898 



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A Monsieur Gabriel VICAIRE 



Cher Ami, 

Pécris ton nom â, la première page de ce 
livre, parce que j'ai relu et traduit devant toi la 
plupart de ces poésies, suivant que les avait 
dictées quelqué souvenir de mon pays de 
Bretagne. Cest un peu notre histoire que je 
transcris, celle de notre amitié depuis vingt- 
deux ans que la destinée m'enferma dans cette 
prison de Paris, si grande 7 qu'on ne sait plus 
en sortir. Entre les marges de ces feuillets, il 
me semble que c est notre jeunesse qui s'écoule, 
moins bruyante, mais plus atlendrie, â mesure 
^u^elle s'éloigne, sans nous quitter encore. 

Ce recueil te répètera sans doute, mon cher 
Vicaire, que les mêmes fantômes nous accom- 
pagnent longtemps, je veux dire ici le même 
regret. La nature a doué chacun de nous — 
ceux qui agissent, dans une autre proportion 
que ceux qui pensent, — en vue d'une fonction 
propre. Ceux ^u^elle a sacrés poètes ou bardes, 
n'entonnent bien que leur seule chanson. Je 



LETTRE-DEDICACE 



vivrais cent ans encore, qüe je n'échapperais 
plus â ces deux séductiôns, Annaïk et Breiz; et 
je pressens que mon dernfer gwerz sera 1'adieu 
â mon pays natal et â la jeune fille dont j'ai vu 
le beau printemps fleurir lâ-bas. 

J'ai souvent éprouvé que les hommes de 
bonnerace celtique, â cause de leurs lointaines 
traditions d'idéalisme, sont possédés dune 
âme d'enfant. Ils gardent sans une flétrissure 
les premières empreintes de la vie. La femme 
qu'ils ont aimée, ne s'en vaplus de leur esprit ; 
les outrages du temps n'offenseront jamais les 
grâces dont le souvenir l'a revetue; un charme 
Tentoure d'éternelle jeunesse, comme une Belle 
au bois dormant. Même si elle a oublié 7 le dou- 
loureux amant lui reste fidèle. Tel est sur nous 
le prestige de ce grand mystèra de tendresse 
et de douceur ! 

Lorsqu'on a devant les femmes cette tenue 
de respect, on observe dans les choses de 
Pamour une pudeur extreme. Les « mots du 
coeur », qu un banal usage a profanés, sout 
devenus moins dignes d'exprimer une pareille 
adoration. Est-ce décence, est-ce pau\reté, 
qu'on ne retrouve pas dans la langue breionne 
les métaphores conventionnelles etles brùlants 
aveux? Les fiancés de Bretagne reviennent du 
pardon, en se donnantla main ; les yeux baissés, 



LETTRE-DEDICACE 



la dowik-koant murmure quelquefois : « ma 
iné ! — O mon âme ! » Et le timide amoureux 
répond par un sourire silencieux". Ils saiment 
tout has, comme lesoiseaux sousJe hallier. 

Cest â la mère que nous avons réservé les 
paroles caressantes. Que' de berceuses bre- 
tonnes sont entrecoupées de ce refrain : 

« Ma c'halonik ! — Mon cher coeur ! » 

Les enfants ont tous Phabitude de ce puéril 
baiser, qui les apaise : 

« Tammik kalon he vamm ! — Petit bout de 
coeur dé sa mère ! • 

Les Bretons grandis se souviennent du sor- 
tilège maternel. Gardant aux lèvres leurs pre- 
miers voeux d'innocents, mais éperdus sous la 
caresse ou la flamme d'un regard, ils ont une 
captivante superstition de la Femme... 

Et c'est lâ le secret de leur mélancolie. 
Atteints sans merci, ils tiennent leur blessure 
discrète : car iis redouknt le dédain, qui tue 
1'amour. Et ils transportent leur détresse dans 
les solitudes. Ecoutaht les voix aériennes, ils 
reconhaissent leur propre[.eine dânsja plainte 
des ventâ par les bruyères et les landes, dans 
les chemins creux ou sur lcs vastes grèves. 
Ceux qui ont obtenu ces contidences de la ha- 
ture ? ont goùté en des joies amères une telle 



LEfTllE-DEDlCACE 



volupté sans nom, qu'ils ne veulent plus être 
consolés. 

Notre nostalgie est incurable 7 parce que le 
remède est au-dessus de nos forces. Nous en 
prenons le germe, en naissant ; la fée qui nous 
adoptera en ce monde, nous touche d'abord au 
coeur : et Pon ne se soustrait pas au sort. Mais 
le mal-du^pays n'est mortel- vraiment, qu â ceux 
qui ont souffert lâ-bas, et que ne quittera plus 
le regret de\&payse. 

Que de fois le pauvre chanteur de cour, mal- 
gré son ingrate voix de plein-air, avec le joli 
Biniou d'Emile Durand, m^a-t-il rappelé Brizeux 
en Italie et cette évocation d'un spleen si déli- 
cieux ! 

Anii, prends cet argent et sonne encore un air. 
Vous, mes yeux, fermez-vous â ce ciel pur et clair ! 
Ah ! le corn-bout résonne au loin, Tocéan fume, 
Et la fille d'Arvor a passé dans la brume!... 

On nous considére comme une race asservie 
â des fatalités. Non ; c'est qu'elle se résigne sous 
les brutalités d'un hasard aveugle ou incons- 
cient, reste inquiète devant les obscurités de 
Punivers, et se raffermit dans Tespoir d un au- 
delâ. Mais que surgissent les arrogances de 
Phomme ! Le peuple entier se lèvera soudain, 
comme une impénétrable forêt de chênes. 

J ai vu, en 1870, partir ces nostalgiques 



LETTRE-DÉDICACE 



paysans, chacun suivi de sa mère, de sa femme 
ou de safiancée. Arrivé â la croix de calvaire 
qui borne la paroisse, le conscrit remettait, dans 
une étreinte, un gage â celle qui restait, sa 
ceinture, une bourse, un livre d'heures. L/adieu 
élait touchant jusqu'aux larmes. Et puis, au 
roulement des tambours, éclata un War-sav, 
Breiziz! — Deboul, Brelom! unanime, formidable, 
montant aucieldansuneflèreexplosion... Mais 
«le Diêu des Armées » s'était détourné de nous. 

Une tradition celtique a répandu cette idée, 
que le patriotisme sort des mêmes hauteurs que 
le culte de la femme. Notre tendresse et notre 
courage sont comme deux ruisseaux issus 
d'une source commune, puis épanchés sur des 
versants divers, une pente fleurie ou une des- 
cente escarpée. Dans nos luttes séculaires 
contre les Anglo-Saxons, il est remarquable du 
moins qu'une héroïne, historique ou légendaire, 
se manifeSte toujours au-dessus de ces hor- 
reurs, ainsi que cette Notre-Dame-de-Pitié dont 
les oratoires s'élevèrent tout â coup au moyen- 
âge. 

Pendant une excursion au pays trécorrois, 
mon cher Vicaire, questionne quelque vieillotte 
au rouet — elles savent tout de la contrée, ces 
vieilles flleuses sédentaires, — et demande 



LETTRE-DÉDICACE 



qu'elle te conte le dévouement des Cent Viergeè 
4e Kemhuel. 

Cétait â une époque maudite. Un souffle de 
haine agitait la terre. La conscience humaine 
flottait éperdue. On croyait â la fin des choses. 
Les nations étaient lasses de chasser sur les 
mêmes ancres. L'ancien monde avait glissé 
sur ses assises. 

Cependant se léve le jour des expiations. 
Mais le Justicier ïVaccepte que des coeurs sans 
tache. Lemystérieuxappel de la destinée sonne 
vers les hauts lieux. Et la fille de Jephté fait 
signe â ses compagnes ; elle chante Padieu 
et monte au sacrifice, cueillant au long des 
collines les âpres fleurs de stérilité. 

La désolation était suprême. Le duc de Bre- 
tagne voulant, après une victoirc, a dire les 
grâces • dans Téglise de Nantes, dut se frayer 
un chemin â travers les ronces qui avaient en- 
vahi la ville jusqu'â la cathédrale. Les Anglais 
avaient tout ravagé ; il ne restait par les champs 
ni chanvre ni lin ; plus une corde dans les forte- 
resses, pour monter les balistes et les cata- 
pultes. 

Dans la presquile de Tréguier, le château de 
Kernhuel ne s^était jamais rendu. Mais la ruine 
approchait irrévocable. Alors cent jeunes filles 



LETTRE-DÉDICACE 



se réunrrent â Notre-Dame-du-Trépas, où les 
gens de la côte vouaient les navigateurs au 
péril de la mer et les malades au passage de la 
mort. Leur voeu prononcé, elles se rendirent 
ensemble â Kernhüel et elles offrirent au châ- 
telain leurs superbes chevelures, dont il tressa 
des cordages et même orna des armures invin- 
cibles : cardes cheveux de femme sur un cimier 
avaient la vertu d'un talisman et ils conjuraient 
le destin. Et puis, les vaillantes fiancées, 
vêtues de blanc, voilant ieurs têtes découron- 
nées, se réfugièrent â Notre-Dame-du-Trépas. 
Le soir même, les Anglo-Saxons mirent le feu 
âla chapelle. Mais on dit que les restes des 
cent vierges se recueillirent spontanément ; et 
elles allèrent d'elles-mêmes se coucher enterre 
sainte. — Et l'on raconte aussi que l& lune, 
dans les nuits claires, illumine étrangement le 
morne cimetière du Trépas ; et des topabes dis- 
persées apparaissent, entr'ouvertes, où repo- 
sent cent jeunes fiLes, voilées, vêtues de blanc, 
â peine ensommeillées. 

Le patriotisme populaire se nourrit de ces 
légendes. Ce sont des vérités générales, plus 
vraies parfois que 1'histoire documentée. 

Je ne sais plus où j'ai écrit que ma petite pa- 
trie bretonne se dresse au bout de mon horfeon 



LETTRE-DEDICACE 



comme « une tombe qui arrête ». Dans cette 
couronne de bardils que je destine â mon céno- 
taphe, lâ-bas, j'ai inséré un nom naguère tiré 
de 1'ombre, un humble nom de Bretonne, parce 
qu'il symbolise notre dévoüement â la France, 
même avant le pacle cïunioti. « Pierronne estoit 
de Bretaignc bretonnant. » Le Bourgeois de 
Paris, un contemporain, atteste sa présence 
auprès de Jeanne d'Arc, sa prisôn et son procès, 
son supplice sur le parvis Notre-Dame le di- 
manche 3 septembre 1430. Quel qu'ait été son 
rôle autour dela Libératrice, d'ailleurs, elle fut 
« brùlée » par les Anglais. II suffit, pour que le 
patriotisme commande d'honorer de telles 
cendres. 

Un mystère en trois actes, Perrinaïc, sera 
bientôt représenté dans nos quatre diocèses 
bretonnants. Nous élèverons ensuite la « pierre 
de souvenir » sur le Ménez-Bré. Trécorrois et 
Léonards, Cornouaillais et Vannetais, iront au 
nouveau pardon; Quiconque sera Breton de 
coeur, aura entendu ces cloches d'appel au loin 
carillonner toutes seules obstinément, comme 
les klotfh-gelv qui tintent longuement les offices 
pour les pèlerins attardés. 

II y a deux sortes de canonisations : celles de 
TEglise et celles de THumanité. II advient 
qu'elles se confondent, avec le temps. Saint 



LETTRE-DEDICAGE 



Hervé, qui habite Bré depuis des siècles, finira 
par être en bon voisinage avec Perrinaïc ; et 
les dévotions seront plus tard partagées entre 
le vieux barde-aveugle et la brülée du parvis Notre- 
Dame... Ne sera-t-il pas assez piquant de dé- 
couvrir, un jour, que j'aurai contribué peut-être 
è cette béatification ? 

Les soirs d'été, aux heures où le long cré- 
puscule entretient par les grèves une lumière 
incertaine, il est un moment inoubliable. Les 
rumeurs qui montaient de la terre, pendant le 
jour, viennent de tomber une â une. Les seuls 
oiseaux, â qui nos légendes attribuent le rôle 
de messagers ou d'interprètes entre le monde 
surnaturel et notre humanité, de rares oiseaux 
tiennentencore leur idéale mission. Tout le long 
de la plage, de Perros â Ploumanac'h, de lents 
appels alors sc rèpondent : cris de détresse, ou 
rendez-vous heureux? Dieu qui entend ces 
pauvres courlis, le sait. Nous comprenons que 
c'est comme un suprême écho de la journée, 
une plainte des faibles qui ont Tappréhension 
de la nuit prochaine. Et â ce signal se relèvent 
de leurs écueils lescormorans et les mouettes, 
dans une sauvage mêlée de ralliement, avant 
de prendre leur poste au grand large. Jamais 

1. 



10 LETTRE-DÉDICACE 



ne s'endort cette garde nocturne, ces braves 
veilleurs de la côte, les chers oiseaux de Bre- 
tagne ! 

Hélas ! j'ai déserté les parageS des mouettes 
et des cormorans, et je ne suis plus en leur 
sauvegarde. Mais j'ai retenu cette plainte des 
courlis. Les voix les plus douces s'éteignent les 
dernières. On dirait qu elles vont et viennent â 
jamais, ainsi que les nuées, dans Pespace. Les 
tendres courlis, je les ai surtout écoutés, Pautre 
soir, lorsque tu me relisais ton merveilleux 
poème (VAhès, de la Sirène que tu as victorieu- 
sement évoquée autour de nos Sept-Iles. Regois, 
bon et cher ami, 1ü remerciement de 



ton fidèle 

N. QUELLIEN. 



Paris, le 25 décembre 4897. 



Un mot de poétique 



En France nous sommes un million de Colti- 
sanis. Les Gallois sont â peine cinq cent mille; 
mais leur génie littéraire se tientéveilié depuis 
neuf â dix siècles. La littérature des Bretons 
jusqu'ici ne s'est guère élevée au-dessus des 
genres semi-populaires. Ce sont les grandes 
oeuvres qui flxent une langue. De notre temps, 
Luzel, qui connaissait bien la prose bretonne, 
s'est contenté de traduire ; La Villemarqué 7 
qui était un haut poète, n'a pas laissé un recueil 
personnel. Et Brizeux, aprôe Telen Arvor, s'est 
arrêté... Les autres bretonnants ne sont pas 
encore parvenus au grand public. 

Et Pon juge ainsi la poésie des Bretons, vul- 
gairement, d'après leurs chansons populaires. 
Cest tomber dans une double erreur. La chan- 



12 ÜN MOT DE POÉTIQÜE 

son du peuple est nécessairement autre chose 
qu'une poésie personnelle. D'autre part, nos 
traditionnistes — ceux qui ne savaient pas la 
musique — ont souvent négligé les mélodies ; 
leurs collections par lâ sont insuffisantes ; nos 
chanteurs disent bien, en haussant les épaules : 
« Une chanson qui n^est pas sur un air, c'est 
un corps sans âme. » 

Toutefois, les genres mis en pratique par ces 
illettrés que 1'usage surnomme encore des 
bardes, ont été généralement adoptés par les 
poêtes. Cela s$ réduit â deux formes essentielles : 
le gwerz et le sonn. Les gwerz sont des poèmes 
historiques ou des récits d'aventures, des com- 
plaintes ou des cantilènes : dans ce livre, la 
Messe Blanche, qu'on peut, en assemblant les 
vers par quatre, chanter sur 1'air fameux de 
Ker-Is ou le roi Gradlon. Les sonn, ce sont pro- 
prement des chansons, avec un refrain : par 
éxemple ? la Chanson du Meunier. — (V. Chansons 
et Danses des Bretons, passim.) 

Le vers breton est syllabique, de même que 
le vers francais. Un temps fut où il aimait, 
jusqu'â la recherche, les nombres impairs. 
Aujourd'hui, les vers de sept et de treize pieds 



UN MOT DE POÉTIQUE 13 

sont toujours en honneur. Dans le vers de 
treize, rhémistiche porte sur le sixième ou sur 
le septiéme pied; la mesure établie dès le 
premier vers est observée dans les suivants, 
sans exception. 

Le vers de huit pieds se coupait jadis, de 
même que celui de douze, juste au milieu ; et 
même, une rime aux deux hémistiches passait 
pour un grand artifice. J'ai conservé cette rime 
intérieure dans le refrain de YHydromel : 

Skuill ha skuill, — ev da ruill. 
Ghupere, — n'eved re. 

La rime riche n'est pas exigée ; certes, la 
consonne d'appui n'est pas méprisable ; mais 
Phomoconsonnance passe, la simple asso- 
nance. Si 1'hiatus est permis,toutenjambement 
est interdit; 1'allitération est du meilleut goùt. 
Les rimes croisées sont de couvention tout â 
fait moderne. 

II se rencontre des bretonnants qui lisent 
mal le breton. En effet, on ne leur a pas ensei- 
gné la langue maternelle ; ils Pont apprise 
d^instinct. Quelques notions alphabétiques au- 
raient suffi. Ainsi : Ch se prononce comme h 



14 ÜX MOT DB POÉTIQÜE 

avec Paspiration ; e n'est jamais muet ; g = gu, 
et Treguer s'écrit Treger ; s sonne double ; de 
même, les consonnes finales, excepté n parfois, 
qui est nasal dans certains temps du verbe... 
Mais assez de phonétique sans doute. 

A la suite de Marie, Brizeux se plaint qu'on 
1'accuse d'avoir montré le chemin de nos 
bruyères et d'avoir trahi la Bretagne. II est par- 
donné. Que j'obtienne le même pardon, si Pon 
m'accorde que mafaute auraété la même ! 

II chantait son pays et le faisait airner. 



Breiz - Bretagne 



SON AR CHUPERE 



Ouz tol oa c'hoaz tud ann eured, 
Broudig ann dall p'az eo klevet, 

Gand he gi ar baleer-bro 
pateri ouz ann treuzo : 

— Dall ha daonet ! ann aluzon 
Az po, nVar kanez d'imp eur son. 

He skul 'n he zorn gant peb-hini, 
Krog ann diskan war leur ann ti. 



Skuill ha skuill, ev da ruill; 
Chupere, n'eved re. 

Mad e gwin ru d'ar Galloed, 
Evel dour red d'al lapoused ; 
Chupere 'n euz ar Vretoned. 



LA CHANSON DE UHYDROMEL 



Les gens de la noce étaient encore a table, — lorsqu'on 
entendit Broudic 1'aveugle, 



Avec son chien, le ooureur-de-pays — disant des pater 
sui 1 le seuii : 



« Aveugle et damné ! 1'aumône, — tu l'auras, si tu 
nous chanles un sonn. » 



Et chacun avec son écuelle â la main, — on entonna 
le refrain, debout au plein milieu (sur Taire) de la mai- 
son. 



Verse et verse toujours ; bois jusqu'â ronler par terre. 
— Mais c'est de 1'hydromel : n'en buvez pas trop. 



CTest bon, le vin rtfuge, pour les Gallos, — comme Peau 
courante pour les oiseaux ; — les Bretons ont lhydromel . 



18 BREJZ 



Breizad a danva chupere 
N'ansav da vestr nemet Doue ; 
Ha kalz n'e ket Doue 'vit-he. • 



Ken dous eva chup«re rael 
Ha kemer pokik dimezel : 
Diwall a gement-ze zo well. 



Biskoaz roue ar Vretoned 

Gand ar Saozon n'oa bet trec'het, 

Gand ar sec'hed na laran ket. 



Eur rum daouzek a varc^heien, 

'N ho zouez eur brinsez bleo-melen, 

Oant o koania 'n eunn enezen. 



Blondinen skuiile da eva. 
Gwad paün fotaz da genta 
Er chupere, 'vid ho skanva. 



En eil skullad gwad er-wiber : 
Hag int a-greiz ebato ker 
D'en em daga 'vel loened ter. 



Gwad eur porc^hel er skullad all ; 
Ha kerkentint kouet mezo-dall, 
Hi o c'hoarzin gant sello fall. 



BBITAONE 19 



Le Breton qui goùte è lTiydromel, — ne reconnait plus 
pour maitre que Dieu ; — et encore pour beaucoup Dieu 
même n'est plus de leur taille. 



Aussi doux est boire rhydromei fait de miel — que 
prendre un petit baiser â une demoiselle : — mais s'éloi- 
gner des deux est plus prudent. 



Jamais le roi des Bretons — par les Anglais (Saxons) 
n'avait été vaincu ; — par la soif, je ne dis pas non. 



Ils étaient une troupe de douze chevaliers, — accom- 
pagnant une princesse aux cheveux blonds ; — et i)s 
étaient â festoyer dans une ile. 



Princesse Blondine versait â boire. — Elle mêla du 
sang de paon dabord — â leur hydromel, pour les ren- 
dre plus légers. 



Dans la deuxième écuellée (elle versa) du sang de vi- 
père : — et les voilâ, au milieu de leurs beaux ébats, — 
de s'étrangler soudain comrae des bêtes farouches. 



Du sang de pourceau, dans Tautre écuellée : — *■ et aus- 
sitôt ils tombèrent ivres-morts, — elle riant avec des re- 
gards mauvais. 



20 BREIZ 



Ha krog cn kom-bout ar roue 
Sonaz d'ar Saozon. . . — Hag 
Eman Breiz dindan gazel-ge. 



Skuill ha skuill, ev da ruill ; 
Chupere, n'eved re. 



N'oa ket ar ganoen paket, 
'Vel sonerien m'oant sklabeet, 



Oant sklabeet dindan ann dol 
üant nao skullud, unan pèb tol. 



— Bequiescant ! — eme Broudik, 
N eur vond en hent, leun he zac'hik. 



BRET\ONE 21 



Et saisissantle korn-bout du roi, — elle souna les An- 
glais... Et depuis, — la Bretagne est asservic sous un 
charme. 



Verse et verse toujours; bois jusquâ rouler par terre. 
— Mais c'est de 1'hydromel : n'en buvez pas trop. 



La chanson n'était pas achevéc, — que les gens de la 
noce étaient déjâ couehés comme des sonneurs, 



Qu'ils étaient couchés sous la table, — après neuf 
écuellées, une k chaque couplet. 



« Requiescant ! » murmura Broudic — en reprenant le 
grand chemin, sa besace pleine. 



BALE AHEZ 



War iMene-Hom pa bar al loar, 
Pleg Douarnenez zo dispar. 



'Vel ma dosta d'ann abarde, 
Ar pesketer 'traou d'ar mene 



Ar pesketer tro ha distro, 
A dro da sec'ha he roejo; 



Azeet goude da c'hortoz 
Bete nra vo kouet ar serr-noz, 

'Man o chilaou mouez ann awel 
Eur vouezik-noz a sav a-bell. 



— N'e ket ar goabr 'tu all d'ar mor 
A weier bemnoz o tigor? * 



LA PROMENAÙE D'AHÈS 



Quand la luae est levée sur lc Ménéhoui, — la baie de 
Üouarnenez est incomparablc. 

Dès qu'approche le soir, — lc pècbeur, en bas de la 
montagne, 

Le pôcheur tourne et retourne, — il tourne â sécherses 
filets; 



Ensuite, assis en attendattt — què soit venue la tombée 
de nuit, 



11 reste â écouter la voix du Veht* **■ uñe petite voix de 
la uuit qui s'elève dans le lointain. 



« N'estce pas la uuée, par-delâ la tner, — qù'on voit 
s'ouvrir, chaque soir? 



24 fiREtt 



Kuzet ann heol, n*e ket bemnoz 
Digor du-hont ar baradoz? 



Ha hed ann trez piou 'ta klever, 
kana, lar d'in, pesketer? — 

Ann den-a-vor an euz laret : 
— Dor vraz ar baradoz n'e ket, 



Nenaed eur ger sav d'ann oabl splann, 
Eur ger veur euz ar pouli ledan. 

Seli ann ti-ker e traou ann dour, 
Eunn iliz gand he geridour. 



Ha sell o vond d'ann abaden 
Gand hi marc'hek ar Viondinen. 



Breman chilaou ken kuu a gan 
War ann trez ann awelik-han, 



D'ar gerek 'vel stok al lano, 
'Velse se sei en ebato* 



— Lavar ri d'in-me, pesketer, 
Pa sked ar stered en oabl skler, 



Perag, stered krog da lugern, 
Ann ebato 'koue d'ann ifern? 



BRETAGNE 



Le soleil couché, n'est-ce pas, chaque soir, — le para- 
dis qui s'ouvre la-bas? 

fct le long de la grève qui donc entend-on — chanter, 
dis-le-moi, pêcheur? » 

L'homme de mer a répondu : — « Ce n'est {pas la 
grande porte du paradis (qui s'ouvre); 



Mais c'est une ville qui s'élève vers le hrmament pur, 
— une superbe ville (qui se lève) de 1'abime profond. 

Hegarde ce palais (qui apparait) en bas du golfe, — et 
une église avec son clociier â plate-forme. 

Et puis, regarde s'en allant aux danses, — avec soü 
chevalier, la Princesse aux cheveux blonds. 

A présent écoute comme chante doucement — sur la 
grève le tiède vent d'été, 

Et comme le llot touche aux rochers> — ainsi que glisse 
une robe de soie dans un bal. 



— Me diras-tu, pêcheur, — quand lesétoiles se mettent 
â briller dans le ciel clair, 

Pourquoi, les étoiles commencant a briller, — le bal 
alors tombe dans les abimes d'enfer? 

z ■ 



26 BREIZ 



— Ar ger Is zo kousket du-ze 
Gand Ahez dindan kazel ge. 

Ar verc'h diroll ann abaden 
Beinnoz evid hi finijen ; 



Ha tro pleg-ar-tnor gret gant-hi, 
Diskenno choaz d'hi finiti : 



ïec'hed epad a dremeno, 
Rak diou glaouen tan hi sello. 



Ma na ve Doue d am sikour, 
War-hi-lerc'h afenn traou ann dour. 



Med ra sin ar-groaz ar potr kez 
Pa glev o ruza broz Ahez. 



BRETAGNE 27 



— Cest la ville d'Is qui est ensommeillée lâ-bas, — 
avec Ahès, sous un enchantement. 



Cest cette fille qui mène les danses, — chaque soir, 
pour sa pénitence ; 

£t qaand elleaura fait le tour de la baie, — elle des- 
cendra encore en son piniii : 



Reculez, au moment où elie passera, — car ses regards 
sont deux tisons de feu. 



Et si Dieu ne venait â mon secours, — je la suivrais 
bien au bas de la mer. » 



Mais il fait un signe de croix, le pauvre garcon, — dès 
^u^il entend frôler la robe d'Ahès. 



PERINAIK 



De-raad hirie d , ac , h er ger-man. 
Diou blac'hig iaouank a glaskan, 



Diou vinorez et 'mez ar vro 
Breman eur bla bennag a zo, 



ünan hanvet Perinatk. . . 
— Baleer-bro, 'vit bremaïk 



Az po kelo gand ar Saozon, 
Kelo da vantra da galon. 



— Lared d'in perag ar clileier, 
'Vid d'ar sul, tins ar c'hlaz e ker. 



PERRINAÏC 



c Bonjour â vous aujourd'hui dans cette ville. — Je 
cherche deux ülles toutes jeunes, 



Deux orphelines qui ont quittéleurpays, -- il y a main- 
tenant une année environ ; 



I/une appelée Perrinaïc... — Coureur-de-pays, dans 
un instant 



Tu en auras des nouveiles par les Anglais (Saxons), — 
des nouvelles â désoler ton coeur. 



— Dites-raoi pourquoi les cloches, — bien que ce soit 
)e dimanche, tintent le glas dans la ville, 

2. 



t 

30 BREIZ 



— Kloc'h ar basion zo tinset 
D'eur plac'hik d'ar maro barnet ; 



Ke war dachen ann iliz vraz, 
M'eo d'id da welet kaon, siouaz! 



II 

Daou chafot zo gwintet aze, 
Keuneud a zo berniet etre; 

War eur chafot 'man ar barner, 
Egile 'vid ar prezeger. 

Ha tro-a-zro dre ann dachen 
Nemet zoudarded a vanden ; 

Hag eur groz vraz gand ar Saozon 
doc'hal : — Pegouk ar pardon ? — 

Digaset 'traou d'ar bern keuneud 
Diou verc'h a zo ken mistr ha treut, 

Mistr 'vel ann heiez er c'hoajo 
Ha treut treuttoc'h 'vid eunn anko, 

Aboe c'houec'h miz krenn kastiet, 
Ken oa truez ouz ho sellet : 



BRETAGNE 31 



— Cest la cloche de Tagonie que Fon sonne — pour 
une jeune fille condamnée k mort; 



Va sur la place de la grande église (le parvis de Notre- 
Dame)) — si tutiens a voir un deuü, hélas! » 



II 



Deux estrades sont élevées lâ, — un bùcher est dressé 
au milieu ; 



Sur une des estrades se trouve le juge, -— Tautre est 
pour le prédicateur. 



Et tout è. 1'entour, par la place, — il n'y a que des 
soldats par bandes; 

Et un grand tumulte règne parmi les Anglais, — qui 
grognent : ^ A quand donc la fête ? » 



On amène au bas du bùcher — deux filles, qui sont si 
charmantes mais si amaigries, 

Charmantes comme la biche dans les bois, — et amai- 
gries, aussi maigres qu'un spectre, 

Si maltraitées, depuis six mois révolus, — que c^est pi- 
tié deles regarder; 



32 BREIZ 



Unan en du, da vervel rez ; 
Heben en gwenn, kaon ar werc'hez. 



Pa stokaz ouz ar bern huel, 
Faziaz evel eur bugel. 

Ar Saozon 'lare d'ar belek : 

— Prezeg an 'ez-hi, chast prezeg. 



— Abalamour d'ho pec'hejo, 
Perinaïg, ed d'ar maro ; 



Heuliet gan-ac^h eur zorserez . . . 
— Me gav Janedig eur santez. — 



Ar Saozon 'iouc'he 'vel bleizi. 
— Gwenn ann erminik, em'ez-hi; 



Dinam 'vei se ann erminik 

On da Doue chomet koantik. — 



Ker ho deuz trubuill da nec'hi, 
Perinaïk na lavar mui ; 



Na mui n'chilaou, pleget he fenn, 
'Vel ma vije 'n eur sonjaden; 



BRETAGNE 33 



L'une est vètue de noir, étant k Theure de mourir; — 
Fautre vêtue de blanc, deuil de jeune fille. 



Lorsqu'elle fut au pied du haut bùcber, — elle défaiilit 
comme une enfant. 



Les Anglais criaient au prêtre : — « Prôche-la, dépê- 
che-toi de la prêcher. 



— A cause de vos péchés, — Perrinaïc, vous ailez è, la 
mort; 



Pour avoir suivi une sorcière. . . — Moi, je crois que la 
petite Jeanne est une sainte. » 



Les Anglais aiors hurlèrent comme des loups. — 
« Blanche est 1'hermine, reprit-elle ; 



Sans souillure comme la robe de Thermine — je suis 
restée la fiancée de Dieu seul. » 



On a beau la tourmenter pour qu'elle se rétracte, ■ 
Perrinaïc n'en dit pas davantage ; 



Ni elle n'écoute pas non plus; la tête inclinée, 
comme si elle suivait une rêverie, 



34 BREIZ 



'N hi lagadig glaz ann daero, 
Awalc'h he c'halon keun d'he bro. 



Eur berr hunvre, berr huanad. 

— Zamraed, em'he, war ar bern koat. 



Hag o tistrei d'he mignonez : 
— Lar evid-on eur ganen kez. 



'Nn hini peb abarde kanenn, 
Evit ma sikour da dremen. — 



Ha diou mouezig a zo savet ; 
Ha Perinaïk zo klevet, 



En eur bignal gand he c'halvar, 
Kana dous klemgan a c'hlac'hlar. 



III 



Pell ouz ar vro a garer eo garo da verwel! 
Allaz! ken pell da guz-heol ha du-hont Breiz-Izel 
Ma bro kez Breiz-Izei. 



Ar valanek zo ledan Vel ann oabl da greiz-de, 
Lec'h a glemm 'vel anaon ann awel d'abarde 
Ann awel abarde. 



BRETAGNE 35 



Etle a des larmes dans ses jolis yeux bleus, — e( soa 
co3iir est plein du regret de son pays : 



Un rêve bien court, un court soupir. ~ i Emportez-la, 
criait-on, au bùcher. » 



Et elle se retourna vers sa compagne : t Entonne pour 
moi une chanson aimée, 



Celle que je chantais (dans nolre prison), chaque soir, 
- pour m'aider a mourir. » 



Leursdeux pauvres voix s^élevèrent alors, — et lon en- 
tendit Perrinaïc, 



Gravissaut son calvairé, — murmurer ce chant d'afflic- 
tion. 



III 



Loin du pays qu'on aime il est cruel de niourir ! — 
Hélasl aussi loin que le couchant est la Basse-Bretagne, 
lâ-bas, — mon pauvre pays de Basse-Bretagne. 



Notre lande est aussi vaste que le firmament â midi; — 
lâ pleure corame les trépassés ie vent, sur le soir, — le 
vent du soir. 



36 BBEIZ 



Oindau eunn troad radeneu eur gudon oa neiziet, 
Kouldri steuet ganl kevoid mesk ar gliz alaouret 
Ar glizenn aiaouret. 



Er c'hoajo dôn 'zo pelloc'h ann noz a zo du-dali; 
Eno 'maint ai loened gwe hed ann noz o vlejal, 
Hed ann noz o vlejal. 



Hag ive tro-pad ann de deuz al liorz dar choat 
Eman kiudet en deillo 'nn evned o vegelat, 
Evned o vegelat ; 



Evuruz vel ann ele diskanont peb amzer, 
Stravillet ann env gant-he 'vel ra bili 'n dour skler, 
Bili kouet en dour skler. 



Pa save banac'h aWel, bemnoz diwar ma dor, 
Sellenn ar goabr o ruza 'vel listri war ar mor 
Al listri war ar mor. 



Ebarz iliz ma farouz eo ker ann oviso, 
Hag ar c'hleier *zo skiltruz. . . Kleier kez, kenavo ! 
Eleier sanlel ma bro ! 



E pevar gorn ar vered a zo savet elen, 
Ai' groaz zo kuzet e-kreiz ouz .skouro nn ivinen 
Skour glaz ann ivinen. 



BRETAGÏSE 



Sous un pied de fougère un ramier avait fait son nid, 
— pigeonnier où les araignées tressaient leurs toiles au 
milieu de la rosée brillante comme Tor — la rosée bril- 
lante comme l'or. 



Dans les bois, qui sont plus luin,la nuitest toute noire; 
— les bètes sauvages ne cessent jamais durant la nuit de 
crier — durant la nuit de crier. 



Et de mèrae, tout le tournant du jour, depuis notre en- 
clos juhqu'â la forèt, — sont perchés entre les feuilles des 
oiseaux qui gazouillent — des oiseaux qui gazouillent; 



Heureux comuie les anges ils répètent leurs chants, en 
toutè saison, — troublant le calme du ciel, comme fait le 
caillou dans 1'eau claire, — un caillou tombé dans 1'eau 
claire. 



CJuand se Jevait la brise de chaque soir, sur ma porte, 
— je regardais les nuages glisser ddcs le ciel comme des 
vaisseaux sur la mer — les vaisseaux sur la mer. 



Dans 1 eglise de ma paroissc sont bcaux les offices, 
et les cloches sont éclatantes. . . Chères cloches, adieu! 
cloches saintes de mon pays! 



Aux quatre coins du cimetière a poussé un tremble ; - 
au milieu, la croix se cache sous les branches d'un if - 
les branches vertes de l'if. 

3 



38 BBEIZ 



Diwar tachen ar vered gred sklentin ho tfhoari 
Hep aoun ebed, bugale, ma hunik da deri, 
Gred sklentin ho c'hoari ; 



Ha baniel ker ar pardon pa rai ann dro peb be, 
Merc'hed kez, na gavfed ket en ho zouez ma be-me, 
Na gavfed ket ma be. 



Hag eo gwir zo red d'in-me leuskel ma iaouankiz, 
Hep den da oela gan-in, na m' dougen d'anniliz? 
Siouaz d'am iaouankiz ! 



Me 'garfe c^hoaz eur wechik gwelet ouz kleut ar porz 
Ti ma mamm o vogedi hag azei 'n he liorz, 
Ti ma mamm ! al liorz ! 



Otro Doue, gwall garo, re garo da verwel 
Pell ouz ar vro zo karet, kenn pell a Vreiz Iüel, 
Ma bro kez Breiz-Izel! . . * 



IV 

Ar gourgammo-tan a strinke, 

Eur vouez en nec'h c'hoaz p'a gañe, 



Kreiz ar bern-suill stignet huel 
A gane gwerzik Breiz-Izel. 



BMMTAGNE 39 



Sur la place du cimetière continue« vos Jeux bruyants, 
— sans craindre, enfaâts, d'interrompre tnon dernier 
sommeil, — continuez vos jeux bruyants ! 



Quand la belle bannlêre, au pardon, fera le tour de 
chaque tombe, — chères jeunes filles, vous ne trouverez 
pas au milieu des autres ma tombe â moi, — vous ne 
trouverez pas ma tombe. 



II est .donc vrai qu'il me faut renoncer a ma jeunesse 
— sans que personne pleure sur moi, aans qu'on porte 
mon corps â Féglise, — hélas! ô ma jeunesse! 



Je voudrais encore une.foi*, a Féchalier de la cour, re- 
garder — le toit de ma mère fumer, et m'asseoir en son 
enclos.. . — Maison de ma mère et Tenclos! 



Seigneur Dieu, c'est bien cruel, c'est trop cruel de mou- 
rir — loin du pays qu'on a aimé, si loin de la Basse-Bre- 
tagne^ — mon pauvre pays de Basse-Bretaghe!. . . 



IV 



Les flammes déja pétillaient, — et une voix lâ-haüt 
chantait encore, 



Au milieu du bùcher dressé si haut ■*• elle chantait la 
cantilène de Basse-Bretagne. 



40 BREIZ 



Eberr Periaik pa vougaz, 
He mignonez a daouünaz, 

Ha paouezet mik da gana 
A stagaz a^grenn da oela. 



Kerkent eur burzud zo gwelet, 
Ken ar Saozon oe souezet : 



Rak zo staget eunn awel tom 
Da c'houeza war ho fenno plom. 



Ha savet ann oll gant spouron 
welet ru-tan ar Saozon, 



Ru ho zrcmmo hag ho zillad, 
Hag ar barnerien ru Vel gwad,] 



liu prezeger hag arserien, 
Haru tro-war-dro ann dachen, 



Hag ann iliz gand ar chleier : 
— Ann tan, em'he, zo war ar ger! 



Ha gand eur clief ann diaoulo 
Lake tan e bolz ann envo. 



Ha peb-hini krede zoken 
A dewe beteg he voelen; 



BRÊTAGNE 41 



. Bientôt, quand la petite Perrine futétouffée, — sa com- 
pagne tomba h deux genoux, 



Et cessant elie-même de chanter, — elle se prit â pleu- 
rer soudain. 



Aussitôt on assista â un prodige tel, — que les Anglais 
en furent surpris : 

Car un vent brnlant se mit — ù. souffler au-dessus de 
leurs têtes; 

Et tout le monde de se lever avec épouvante -— en 
voyant les Anglais rouges-de-feu, 

Rouges leurs visages et leurs vètements, — et les juges 
rouges aussi comme du sang; 

Rouge le prédicateur, et les soldats, — et le parvis 
rouge toutautour; 

Et i eglise aussi, avec ses cloches : — « L'incendie, s'é- 
cria-t-on, est sur la ville! » 

Et avec des tisofts on vit les démons — qui mettaient le 
feu dans la voüte du ciel ; 



Et chaque assistant croyait même — qu'il brùlaitjus- 
qu'en ses entrailles, 



j 



43 BRCTZ 



Ken ar veleien 'hirvoude : 

— Honnez oa paoures da Doue! ~ 

Nanze zo gwelet eunn evnik, 
Me chans ine Perinaïk, 

tanujal euz ann tantad 
Ouz ar vignonez da gimiad. * 

Endro d'ar plac'hig eunn erven, 
Ru-glaou 're-all, eunn erven gwenn. 



Ha dre ma save d'ann oabl aplann 
Diwar he nij ann evnig glan, 

Tore d'ann tan diwar he lerc'h, 
Hent ar stered gwenn Vel ann erc'h ; 



Ha kun war-gad ar baradoz 
Kane 'vel estik Koat-ann-Noz . . . 



Ghetu c'hoaz eur dle zo losket 
Gand ar Saozon d'ar Vretoned t 



Karo Saozon neb a garo, 
Biken Breizad n'ho fardono ! 



BRETAGNE 43 



Au point que les prètres gémissaient : — « Cette fille- 
lâ était donc une pauvresse de Dieu ! » 

Alors on apercut un petit oiseau, — sans doute râme 
de Perrinalc, 

Qui s'envolait du bücher — venant faire les adieux a, 
son araie ; 

Autour de la jeune fille parut un sillon, — tout le 
monde étant aussi rouge que la braise, un blanc sillon 
de lumière. 



Et â mesure qu'il montait vers le grand beau ciel, — 
s'envolant, le petit oiseau sans tache, 



S'éteignait le feu derrière lui, «— et le ohemin des étoi- 
les était blanc commè neige; 



Et monlant vers le paradis, doucement — il chantait 
comme le rossignol dans Koat-ann-Noz. 



Et voilâ encore une des dettes qu'ont laissées — les An- 
glais chez les Bretons. 

Sera Fami des Anglais qui voudra ; — quiconque est 
Breton, ne leur pardonnera jamais! 



44 BREIZ 



Hir ann kenf, hag ann de zo berr; 
Bepred kerz ar plac'hik skouiz kor. 

— -Karrer, lar d'in,en han Ooue ! 
Ragen 'man pell c'hoaz ma bro-ine? 



Dea na dol lagad war he zro, 
Pa n'intent den iez koz he bro. 



War guz-heol bepred ar vercliik 
A gerz, he boto 'n he dornik, 

Ha serret peb dor dirag-hi : 
— Munanig on, lar ouz peb ti ; 

Eur vignonez m'oa, 'deuz dewet, 
Hag emez gant-he on tolet. — 



Ha 'dare war ann hent didrouz ; 
Na glev nemet mouez eul lapous, 

'Med eul lapous o filipat, 

'Vel en em gelwel reont er c'hoat; 



Ha diarog a nij ken skanv, 

'N eur geiza flour, enep d'ar goanv, 



BRETAGNE 48 



La route est longue, le jour va diminuant; — toujours 
marche la pauvre fille très fatiguée : 



« Charretier, dis-moi, au nam de Dieu ! — si mon pays 
est encoreloin. » 



Nulne jette un regard sur elle, — car personne ne 
comprend le vieil idiome de son pays. 



Vers le couchant toujours la pauvre fille — marche, ses 
sabots dans les mains. 



Les portes restent fermées devant elle : — t Je suis 
toute seule, dit-elle devant chaque maison; 

Javais une compagns; ils Font brùlée, — et ils m'ont 
ensuite jetée hors de la ville. » 

Et de reprendre la route silencieuse; — elle n'entend 
que la voix d'un oiseau, 

Qu'un oiseau piaulant, — ainsi qu'ils font pour s'appe- 
ler dans un bois ; 



Et au-devant il voltige, si léger, — avec tin doux ga- 
zouülement, malgré 1'hiver, 



46 Bittu 



'Vel tiski 'nn hent d'ar baourezik, 
Ken sonj d'ine Perinaïk. 



— Perag en noz-man tremenet, 
Sakrist, ar c'hloc'h-kaon zo klevet? 



— 'Vid eur baourez eo deuz ar vro 
Dindan ar porched kât maro. 

He-unan skoe 'nn anaon, 
Bete m'oe stipet ar vas-kaon, 

Diou oant o vont, bla zo uspen : 
Doue oar petra deut heben. — 



Eunn dra burzuduz c'hoarveaz, 
P'oe douarêt kiohên ar groag : 



Eur c'horf du-kaon a zo gwelet, 
War ar bez eur plac'h astennet, 



Ken obido '«o gret neuze 
D'heben me chans maro ive. 



Aboe klever en ivinen 

Enep d'ar goanv daou evnig gwenn, 



BRCTAGNE 47 



Comme pour montrer le chemin â la pauvresse ; — et 
elle pense alors â. Fâme de Perrinaïc. 



« Pourquoi, cette nuit passée, — sacristain, la cloche 
d'enterrement a-t-elle été entendue? 



— Cétait pour une mendiante du pays, — qu'on a trou- 
vée morte sous le porche de 1'église, 



Le deuil a sonné tout seul, — jusqu'â, ce que fussent 
préparés pour elle les tréteaux funèbres. 



Elles étaient deux â partir, il y a un an et davantage : 
— Dieu sait ce qu'est devenue 1'autre. » 



Une chose prodigieuse est arrivée, — lorsque la défunte 
a été inhumée près de ia croix : 

Un corps vôtu de deuil a été apercu, — sur cette torabe, 
une femme étendue, 



Et c'est pourquoi Ton a dit alors les offices funèbres — 
pour Tautre, qui est morte aussi sans doute. 

Depuis Ton entend dans lif, — en dépit de 1'hiver, deux 
petits oiseaux blancs, 



48 ' BREIZ 



En ho giz o kana seder 

Gvverz Breis-Izel, 'me ar clileuier. 



Evnigo Breiz klever bemnoz 
Tre ar mor glaz ha Koat-ann-Noz. 



Kenvroïz kez, ar c'helo-man 
D'ac'h euz a Bariz a gasan. 



BRETAGNE 49 



Qui chantent joyeux, dans leur langage ; — le fossoyeur 
disait qu'ils chantent la complainte de Basse-Bretagne. 

Et Ton entend les deux t petits oiseaux de Bretagne, 
tous les soirs, — entre la mer bleue et la forôt de Koat- 
ann-Noz. 



Mes chers compatriotes, cette nouvelle — apprise â 
Paris, c'est â vous que je 1'envoie. 



AR RE CHLAZ 



Tewal ann noz 'vel toul eur be. 
Ar Chouanted 'zô ? n ho c'hoaze 



En eur park dôn, endro d ann tan, 
'Vel er garek sioul morvran. 



Eunn huanaden zo klevet 

Tu all d'ar tfhleun, treuz ar moged, 



'Vel da greiz-de touseged mud 
Pa c'houistellont munud-munùd : 



N'e ket eur e'hristen Tiuanad, 
Nemed ar gaouen 'kreiz ar c'hoat. 



Kerkent anter-noz m'a skoaz, 
Endro d'ar c^hloz sav ar re Chlaz : 



LES BLEUS 



Sombre esf la nuit comme le trou d'une tombe. — Les 
Chouans sont assis 



En un champ profond, autour du feu de campement; — 
et dans son rocber le cormoran n'est pas plus sjlencieux. 



Une plainte est entendue — de 1'autre côté de la haie, 
k travers la fumée, 



Telle qu'â midi en poussent les crapauds muets, — lors- 
gu^ils sifflent doucement, tout doucement : 



Non, ce n'est pas un chrétien qui gémitainsi, — cen'est 
qu'un hibou au milieu du bois. 



Aussitôt que minuit est sonné, — autour du courtii sur- 
gissent les Bleus : 



52 BREIZ 



Taped ar Chouanted 'n ho zoul 
'Vel eur bar-merien en eur poull. 



N'a darnij ket al loened deun 
'Wid al louarn 'tu all d'ar c'hleun, 



Nikun na spont euz ar re Wenn 
klewet garm ha iouc'haden, 



Nag o welet emaint tri-c'hant 
Endro d'ar park ha prim ha drant. 



— Glaouer, pibu zo 'ta o vlejal 
E koat Bear, 'kreiz ann noz dall ? 



— Tri-c'hant a re Chlaz o leski 
Kouet en eur puns tan de virwi. 



Kleuzet e bet kleun ar park dôn 
Gand ar Chouanted digalon ; 



Ha neuze karget gant mouded 
Ha gant merl ann tan goulouet. 



Kenta kammad ra ar re Chlaz,. 
Boutont beteg ho daouün noaz; 



BRETAGNE 53 



Les Ghouans sont surpris dans leur trôu, — de même 
qu'une fourmilière qu'on entoure d'une mare. 



Les animaux domestiques ne s^enfuient pas, — parce 
que le renard est derrière le fossé ; 



Aucun des Blancs non plus ne s'épouvante — pour en- 
tendre des clameurs et des cris, 



Ni pour voir qu'ils sont trois cents— autour du champ, 
et»prompts et vifs. 



— Charbonnier, qui donc est â hurler — dans le bois 
de Bégard, au milieu de la nuit noire ? 



— Ge sont trois cents d'entre les Bleus qui brùlent, — 
tombés dans un puits de feu où ils vont bouiilir. . 



La haie du champ profond a été creusée — par les 
Chouans sans pitié ; 



Et ils 1'ont ensuite remplie de mottes, — et puis, lc feu 
a été recouvert avec du sable. 



Au premier pas qu'y font les Bleus, — ils s'enfoncent 
jusqu'â leurs genoux dénudés ; 



R4 BRBM 



Ha pa lampond ann eil kammad, 
Bete poull ho c'halon ervad ; 

D'aun drived tol int ho zri-c'hant 
Kuzet beteg ho badeiant. 

Adren, tri-c'hant a Chouanted 
Gant peb-hini eur folc'h houarnet 



'Vid ho distol 'kreiz ann tan ru, 
*tel en Iférn ra 'nn ele du. 



— Glaouer, perak c'hez beure mad, 
Dazeier leun, d'ar Poulleogat? 

— N'e ket gant glaou, gand eskern e, 
E ma zeier karget hirie, 

Eskern ar re 0'hlaz'zo dewet 
D'ar stanko kasan, d'ho bered. — 

Ar sun warlerc^h, e Menez-Bre 
Otro person Prat a lere, 

'N euz laret ann ofern drantel 
Evid en ifern tol eur sell : 



Tri-chant a re Chlaz a welaz, 

Ha tri-c'hant Chouant donnoc'h c'hoaz 



BRETAGNE 55 



Et quand ils s'élancent, la deuxième fois, — c'esl jus- 
qu'â 1'endroit où bat le cceur ; 

Au troisième coup, ils sont, les trois cents, — enlizés 
jusgu^â. la place où ils recurent ie baptême. 

Et par derrière, sont trois cents Ghouans — avec cha- 
cun une fourche ferrée, 

Pour les rejeter au milieu du feu ardent, — comine en 
enfer font ies anges noirs. 



— Charbonnier, pourquoi vas-tu, de bon matin, — tes 
sacs remplis, vers Pétang de Poulléogat ? 

— Ce n'est pas de charbons, mais c'est d'ossements — 
que mes sacs sont pleins aujourd'hui, 

Les ossements de« Bleus qui viennent d'ètre brùlés — 
et que femporte aux étangs, leur cimetière. — 

La semaine suivante, k Ménez-Bré, — monsieur le rec- 
teur de Prat disait, 

II a dit la messe-â-reboursi — pour obtenir de jeter un 
regard jusqu'aux enfers : 

II y a vu trois cents d'entre les Bleus,*-mais trois cents 
Chouans aussi, dans Fabime, plus bas encore. 



AR MOR-VERCH 



Merched Landreger zon ken koant, 
'Vel mizilourio en arc'hant. 



Hini velkent reaz al lezen 
Evel unan oa stoubinen, 

Eul lagad lemm, eunn dornik fresk, 
Eur c'horfik mistr evel ar pesk. 



E ribl ar mor oa he zi plouz, 
Lec'h vije wecho eur gwall drouz, 



Ha na den na loen koulskoude, 
Hag ann nor digor en ti-ze. 



Nemet gand eunn darn ve laret 
Ar stoubinen oe diskennet 



LA FILLE-DE-LA-MER 



Les filles de Tréguier sont aussi eharmantes — que des 
miroirs en argent. 



Aucune toutefois ne iit la loi — couinie Tune d'elles, 
qui était de moeurs légères : 



Un ceil vif, une petite main fraiche, — un petit corps 
irétillant comme un poisson. 



Sur le bord de la mer se trouvaitsamaison de chaume ; 
— iâ ii se faisait qudquefois uri terrible bruit, 



Sans qu'il y eùt ni gens ni bêtes pourtant^ — avec la 
porte ouverte, daïis cette demeure. 



Mais quelques-uns disaient — que la stoubtnenn était 
descendue, 



58 BREIZ 



Evel eur morverc'h er mor glaz 
Da c'hoari gand ar pesked braz. 



Ann amzer neuze oa garo ; 
Gand ar Re-Chlaz ann ilizo. 



Nez ann ti plouz d'ann abarde 
Gweljent unan bennag ann-he. 



'Dalek ma stoke d'ann treuzo, 
Kleve ar c'hlaz o vond endro, 



(War al lestr o koll 'kreiz ar groz 
Klev pebhini kloc'h he baroz) ; 



Ma lake eunn troad en ti plouz, 
Ar c'hlaz kleve gand ar mordrouz 



En üiz Priel, dreist al lenn, . . 
011 ho zagaz ar stoubinen. 



Tri-cliant ha pemp ha tri-ugent 
'N eur bla tremenjont 'tre hi zent. 



Dispennet ann ti plouz, lerer 
Er vins zo bet kât eur voger 



BRETAGNE 



Coinme une sirène, dans la mer bleue, — pourprendre 
ses ébats avec les grands poissons. 



Le temps d'a!ors était un dur tetnps : — au pouvoir des 
Bleus étaient les églises. 



Aux alentours de la maison de chaume, chaque soir, — 
on apercevait quelqu'un de ceux-lâ. 



Dès qu'il touchait au seuil, — il entendait le glas qui 
commencait a sonner, 



(Sur un navire en perdition au milieu de la tourmente, 
— chacun entend ainsi la cloche de sa paroisse ;) 



S*il mettait le pied dans la maison de chaume, — il dis- 
tinguait dans les murmures de la mer le glas 



A l*église de Plouguiel, par-delè, Testuaire.;. — Toüs 
les a dévorés la stoubinenn. 



Trois cent soixante-et-cinqj — en une année, lui pas- 
sèrent entre les dents. 



Quand a été démolie la maison de chaume, on dit -^- 
iju^un escalier fut découvert dans la muraille 



6d BREIZ 



Hag a gase dindan ar raor : 
Eur wech ebarz, n'oa nep digor. 



Ha merc'hed Treger deuz brud lall, 
Laket me chans gant tud Hro-Chall. 



BRETAGNE 61 



Et qu'il conduisait jusque sous la mer : — mais une fois 
lâ-dedans, il n'y avait plus de sortie. 



Et les filles de Tréguier depuis ont un mauvais renom, 
- établi sans doute par dôs gens du Pays-Gallo. 



WAR BE BRIZEUK (1) 



Pire^hirin^kez, lavar din-me 

Perag er Garnel a gane 

'Nn noz-man ann estig uz d'ar be? 



— IVann antemoz eslik Karnel 
Koantig a gane da c'helvel 
A-greiz he huu barz Breiz-Izel. — 



Lavar dui-me, toullerbeio, 
N'e ket e bered Arzano 
Eur goulmik ve klevet ato ? 



(I) Gette poésie a élé dite au cimetière du Carnel, sur la tombo 



SUR LA TOMBE DE BRIZEUX 



Pauvre pèlerin, dis-moi — pourquoi au Carnel chantait, 
— cette nuit dernière, le rossignol sur cette tombe ? 



— A minuit, le rossignol du Carnel — chantait douce- 
ment pour rappeler — de son sommeil le barde de Basse- 
Bretagne. — ' 



Dis-moi, fossoyeur, — au cimetière d'Arzano n'est-ce 
pas — une petite colombe qu'on entejid toujours? 



de Brizeui, quand fut inaugurée â Lorient ia statuedu poète, le 9 
septembre 1888. 



64 BREIZ 



— D'ann anternoz ouz skeùd al loar 
Bemnoz a hirvoud gant glac'har 
Ar goulmik wenn o klask hi far. — 



'Vid ann noz-man int tarnijet 
Skanv 'vel ineo diboanet 
D'ann Oriant, annevniged. 



Neuze zô laret ann estik 

An euz klemmet d'hi wenn goulmik : 

— 'Boe tregont bla on reuzeudik. — 



Kerkent 'n euz eur gomz dispaket, 
Brizeuk ha Maï a zo gwelet, 
Hen 'vel eunn den reuzeudiget 



Hag hi ker 'vel eur bleunen han ; 
— Dre raa huvre, klouar d'ez-han, 
Oann o c'hortoz ann eured-man. — 



Hi dornig flour Vel m'astennaz 
Hen 'vel eur potr flam a deuaz : 
Ha da lugern bolz ann env noaz. 



Ha da gemer ho nij neuze 
A du d'ann env ann daou ine. 
011 evnigo Breiz a gane. 



BRETAGNE 65 



— A minuit, sous la clarté de la lune, — chaque nuit, 
gémit avec douleur — la petite colombe blanche, cher- 
chant son ami. — 



La nuit dernière, ils se sont envolts, — légers comme 
des âmes tirées de peine, — vers la ville de Lorient, les 
deux oiseaux. 



Alors on dit que le rossignol — adressait sa plainte â la 
blanche petite colombe : — « Depuis trente ans je suis dans 
la souffrance. » 



Aussitôt qu'il eut émis une parole, — on les a vus, Bri- 
zeux et Marie, — lui sous la forme d'un homme dans la 
peine, 



Et elle, belle comme une fleur d'été : — « Dans mon 
rêve, lui dit-elle tendrement, — j'étais â attendre ce ma- 
riage-ci. » 



Dès ^u^elle lui a tendu sa petite main douce, — lui est 
devenu un beau fiancé : — et la voüte du ciel sans nuée 
s^est enflammée. 



Et alors ont pris leur vol — vers le ciel lesdeuxâmes... 
— - Et tous les oiseaux de Bretagne se mirent a chanter. 

4. 



66 BREIZ 



Ha dreist al loar, dreist ar stered, 
Da virviken int eureujet 
E baradoz ar Vretoned. 



Na hirvoud ken dann anternoz 
Nag ar goulm nag ann estik-noz, 
'Met kanont gwerz ar baradoz. 



BRETAGNE 67 



Et par-delè, la lune, par-delâ. les étoiles, — eeux-ci sont 
unis h jamais — dans le paradis des Bretons. 



A minuit, ne gémisMHt plus, — ni la colombe ni le 
rossignol de nuit ; — mais ils chantent la complainte du 
paradis. 



MEIN-BE 



Heri ... s (i) 

Ar c'hleier en Breiz hirvoude, 
Ann ekleo war-dro a lare : 
c Piou a zo laket en he vo ? 



— N'oa ket eur mab a Vreiz-Izel ; 
'Vel deue gan-imp, da bep gouel, 
A zo du-man ha kaon ha goel. » 

Ha gand eur sonig a c'hlac'har, 
Hon mammik Breiz ouz ann douar 
Oe gwelet, 'n hi diouvrec^h klouar 



(1) lls furent assidus au diner celtique, Henri Martin, Hamonic, 
Samuel Urrabieta-Vierge — le beau Celtibère — . Entrés è nos par~ 
dons d§s la première beure, ils sont partis les premiers, Si nos 



PIERRES TOMBALES 



i 

Henri Martin 

Les cloches, en Bretagne, gémissaient ; — les échos 
disaient, aux alentours : — - « Qui vient cTêtre mis dans 
sa tombe ? 



— Celui-ci n'était pas un fils de la Basse-Bretagne ; — 
mais comrae il était des nôtres, â chaque fête, — il y a 
chez nous et deuil et pleurs. » 

Et avec une chanson de douleur — notre douce mère 
Breiz assise sur un tertre — a été vue, en ses bras ten- 
drement 



larmes ne sont pas de vains regrets, que cet adieu soit doux & nos 
amis sitôt disparus ! 



70 BREIZ 



ruskellat korñk maro : 
« Ann hïni a gare hon bro 
Biken n'hen loskin d'ann Anko. 

Et ann ine war gât Doue : 
Pe dreist al loar, 'n ti ann ele, 
Pe meak ar steredenno e? 

M'ine pa vo gwenn ha koantik, 
Pelec'h tremeno hec*h hunik ? 
Me garfe war galon mammik. 



BRETAGNE 



Bercant un pauvre corps défunt : — t Celui qui a tant 
aimé notre pays, — jamais je ne Tabandonnerai â PAnko 
(a Toubli après la mort) ...» 

Et son âme est partie vers Dieu. — Est-ce par-delâ la 
lune, dans la maison des anges? — ou reste-t-elle au mi- 
lieu des étoiles? 



Quand mon âme (délivrée) sera devenue blanche (et 
belle) [comme une fiancée, — où passera-t-elle son doux 
sommeil? — Je désire que ce soit sur le coeur de ma pau- 
vre mère. 



12 BREIZ 



II 

S. Urrabieta 



Kousk da hunik, mignon klouar, 
Da gorf dindan he vec'h douar, 
Da ine paour ouz skeud al loar. 



Breman da viken a gouski 
Er vered, arok da gozni, 
Prim falc'het e giz gwenn liü. 



Kunnoc'h ann hunvre T>arz ar be 
Lec'h a dremen ar vugale, 
Pa sav ann awel abarde, 



Ar vugale gand ho c'homzo 

A dol a*dreist ar mogerio 

D'ann ekleo c'hoaz iez kez ar Vto* 



A-greiz da hunik 'n ez pro pell 
Ra gaso koun d'id ann awel 
Ouz kanoenno Breiz-Izel! 



BRETAGNE 73 



II 

VlERGE 

Dors ton sommeil léger, tendre ami, — ton corps sous 
son fardeau de terre, — ta pauvre âme errante aux lueurs 
de la lune. 



Maintenant tu dormiras â jamais — dans un cimetière, 
avant ta vieillesse, — prématurément fauché, pareil â un 
lys blanc. 



Ii est plus doux, le (dernier) rève, dans une tombe — 
près de laquelle passent les enfants, — ]orsque se lève le 
vent du soir, 



Les enfants dont les propos — jeltent par-dessus lés 
murailles — un écho encore de la langue du cher pays. 



Au milieude ton sommeii en ta patrie lointaine, — que 
le vent te porte le souvenir — de nos chansons de Basse- 
Bretagne ! 



74 BRIIZ 



Hon zado hoz ho deuz kanet 
'Rok bean dre oll distolet, 
'Vel e Pariz ni hon euz gret. 



Kaner flour, kousk da hun breman. 
Ha da venez rai awel han 
Da ruskell d'hunik divezan ! 



I 



BRETA6NE 75 



Nos ancêtres (celtiques) les chantèrent — avant d'être 
dispersés par le monde entier, — comme â Paris nous 
1'avons fait ensemble. 



Chanteur charmant, dors ton sommeil â, présent. — Et 
que ta montagne natale ait un tiède vent d'été — pour 
bercer ton sommeil suprême ! 



76 BREIZ 



III 
• Hamonik {{) 

Kouet a newe 'barz ar Ger-Vraz, 
En hon zouez eunn nozvez deuaz 



— Euz bro ar balan glaz on me, 
Lec'h a glemm d'ann noz ar freze ; 



Er biniou me oar c'houeza 

Ha gwerjo koz'm euz da gana. — 



(1) Cc klemgan a été aiosi traduit en assooances devant les Celti- 
sants. M. André Theuriet m'a plus d'une fois conseillé de rendre 
en vers fraogais mes poésies bretounes. Mais on verra, per ce seul 
exercice, combien 1e poète serait infidèle au barde. 



Pour la première fois il venait dans Parisi 
ün soir, il aborda les Celtisants surpris : 



BRETAGNE 77 



III 

Hamonic 

Récemment tombé dans la Grande-Ville, — il vint au 
milieu de nous, un soir : 



« Moi, je suis du pays au genêt vert, — où Torfraie se 
plaint, la nuit ; 



Je sais souffler dans le biniou, - et j'ai de vieux gwerz 
a vous chanter. » 



€ Je suis du vieux pays bordé de genêts verts, 

Où 1'orfraie a son chant de nuit, comme aux déserts ; 



Je tiens le biniou dont sonnait Matilinn. 

Et je sais les beaux gwerz d'Ahès ou de Marzinn. » 



78 BREIZ 



Ha goude n'hen euz gwelet den 
Na bet he hano klevet ken ; 

Nemed eunn dewez zo laret : 
— Hamonik gand Doue zo et. — 



Tremenefvel ar gwennili 
Goude bet kanet ouz hon zi. 



Mar klewed'barz ar c'hoajo don 
Eur vouezig o lenva eur son, 

Son ar barz divroet a vo, 
Dindan gazel ge a gano. 

'Wecho d'ann noz war al lannek 
Eur c'horfik du welfed o vesk : 



Retourna-t-il ensuite aux brumeux horizons ? 
Nul ne parlait du barde aux banquets des Bretons. 



ün jour, je leur ai dit, funèbre messager : 

t Dieu l'a trouvé trop las sous ce ciel étranger. » 



II partit dès Tautomne^ oiseau d'une saison : 
L'écho de ses doux airs demeure en la maison. 



BRETAGNE 79 



Et personne ne Ta revu ensuite, — et son nom n'a plus 
été entendu, 



Si ce n'est un jour, qu'on nous a dit : — « Hamonic s'en 
est allé avec Dieu... » 



II était parti comme 1'hirondelle — après avoir frôlé de 
son chant notre maison. 



Si vous entendez dans les bois profonds — une douce 
voix murmurer une chanson, 



Ce sera le sonn du barde exilé — qui chantera, (Pâme) 
en servitude. 



Quelquefois, le soir, sur la lande, — vous verrez un 
f antôme noir errer : 



Peut-être entendrez-vous au milieu des grands bois 
S'élever un chant triste et pleurer une voix : 

Cest le vieux barde mort sans pays qui revient 
Et qu'un charme cent ans è, chanter lâ retient. 

Quelquefois vous verrez sur la lande, le soir, 
Un spectre errer autour d'une croix et s'asseoir : 



80 • BREIZ 



Eur paourik kez'n he binijen, 
Kouitet he vroïk da viken. 



Ra vo skanv ar goabr o ruzan 
Uz cTal lanneier, en noz-man ; 



Ha ra stoko didrouz ar mor 
D'ar gerek endro d'ann Arvor : 



'Wid ann tremeniad ma glevo 
Ar barz o lenva er c'hoajo ! 

(De wel ann Anaon.) 



Laissez cette âme en peine ; elle expie en ces lieux . 
D'avoir quitté le sol consacré des aïeux. 

Nuages du grand ciel, glissez légers et blancs 
Sur la lande des morls, la nuit des revenants ; 



BRETAGNE 81 



Ce jMravre malheureuj fait sa pénitence, — pour avoir 
gsrtté son cher pays â jamais. 

Que les nuages glissent légers — au-dessus des landes, 
en cetfe nuit prochaine, 



Et que la mer touche sans bruit — aux écueils, autour 
de 1'Arvor, 



Pour que le passant entende — le barde se lamenler 
dans les bois ! 

(Le jour de la fête des Trépassés.) 



Et sois clémente, ô mer rude ! touche sans bruit 

Aux écueils de 1'Arvor, — pour nos morts I — cette nuit 



Pour que le pèlerin entende au loin la voix 

Et la chanson du barde au milieu des grands bois ! 



ANN OFERN WENN 



Ho-man zo eunn dra erru mad 
Etre Landreger ha Langoat ; 



Ken gwir erruet ann dra-man 
Hag eman en env sant Ervoan. 



Ha diwall zo ouz ann ifern 
D'ann hini diskaz ann ofern, 



Hep hi c'hana 'pad he vue : 
Eur wech maro renko neuze. 



D'eunn nozvez eta eur mevier 
Dre Lok-Mikel oa 'vond d'ar ger. 



LA MESSE BLANCHE 



Voici un événement gui est arrivé, certes, — entre Tré- 
guier et Langoat ; 



Aussi vrai est arrivécet événement*ci, — que saint Yves 
est au ciel. 



Cest qu'il doit se garder de 1'enfer, — celui qui apprit 
la messe, 



Sans Tavoir chantée pendant sa vie : — car après sa 
mort il le faudra donc. 



Ainsi, par une nuit, un ivrogne — se rendait â la mai- 
son par Lok-Mikel (Saint-Michel). 



84 BREIZ 



Daouzek tol anter-noz skoaz : 

Hag hen da1c'het war ann hent braz, 



'Vit-han en hent na wele den ; 
Nemet kleve tud o tremen, 



Pa daou ha daou, pe tri ha tri, 
tond euz garden Minic'hi. 



Na gir etre ann ineo. 
Gand pebunan oa eur golo. 



Adren d'ar bale binniget, 
E giz eur manac'h dilerc'het 



Deue eur c'hloaregig en gwenn, 
'Vel da oela pleget he bônn ; 



'Vit laret he ofern gentan 

Me chans deue gand ar re-man. 



Burzuduz vije da welet, 
Evel eunn oter kempennet 



D'ann oviso kaner out-hi, 
Sant-Mikel neuze 'lugerni, 



BRETAGNE '85 



Les douze coups de minuit frappèrent : — et le voilâ 
retenu sur le grand chemin, 



Bien qu'il ne vit personne par la route ; — seulement 
il entendait des gens qui passaient, 



Ou deux â deux, ou trois â trois, — arrivant par la tra- 
verse de MinicTii. 



Et pas une parole entre ces âmes. — Chacune avait un 
cierge. 

Derrière la procession, — ainsi qu'un moine attardé 



Venait un jeune clerc habillé de blanc, — la tète bais- 
sée, comme s'il pleurait ; 



Pour dire sa première messe, — sans doute, il venait 
avec ceux-ci. 



II eùt été merveilleux de voir, — comme un autel pré- 
paré 



Pour y chanter les offices, — Sajnt-Michel sUlluminer 
»lors, 



86 BREIZ 



Lugernuz aDn tour tro-war-dro, 
Ar c'hloarek 'vel m'oe et eno. 



Hag eur burzud all ez oa c'hoaz 
Ann ineo war ann hent braz, 



Peb-hini gand he c'holo gwenn, 
Evit chelaou ann oferen. 



Sav eta, sav, awelik-noz, 
Da gas beteg ar baradoz, 



Evel pedenno ann ele, 
Ar tfhlemgan a deu alese, 



Peden ha klemgan pinijen 
Evid ar c'hloareg en anken ; 



Rak ar re pedjont evit-han 
En ho bue, 'ra c'hoaz breman : 



D'ar re garet a chom ato 

Ha koun ha keun dreist ar maro. 



Hag ann awelik-noz neuze 
Evel ann ogro a gane 



BRETAGNE 87 



Illuminé le clocher tout autour, — dès que le kloarek 
y pénétra. 



Et, un autre prodige, c'étaient encore — ces âmes par 
le grand chemin, 



Chacune avec son cierge blanc, — pour entendre cette 
messe. 



Lève-toi donc, lève-toi, léger vent de nuit, — pour em- 
porter jusqu'au paradis, 



Ainsi qùe les prières des anges, — le gémissement qui 
monte de lâ, 



Prière et gémissement de pénitence — pour ce clerc 
dans 1'angoisse ; 



Car ceùx qui prièrent pour lui — dans leur vie, le font 
encore â présent : 



De ceux qu'on a aimés reste k jamais — et le souvenir 
et le regret par-dela la mort. 



Et le léger vent de nuit alors — comme un orgue chan- 
tait 



88 BREIZ 



üz d'ar golo, pe 'vel ar groz, 
Hep ho mouga, ann awel-noz. 



Ha goude ken burzuduz all 
Vije da glevout en noz dall 



Endro d'ann tour o clioul digor, 
'Vel ouz eul lestr, eunn evnik-mor ; 



Ter gwech oe klevet, en noz-ze, 
Klemm ar goulm-mor a darnije ; 



Evel kloc'h-gelw d'ann ofern-bred : 
— Introlbo, — lare bepred . . . 



'Deio warlerc'h, eur baleer 
Goule gant sakrist Landreger : 



— Evit petra, ter noz a zo, 
Eman ar c J hleier 'vond endro? 



'Vid eunn tan-gwall e marteze i 
— Evid danve eur belek e, 



Et d'ar bed all hep ofernian, 
A vrail ar c'hleier bo-unaa. 



BRETAGNE 



Au-dessus des cierges, on soufflait comme la tempête, 
- sans les éteindre, le vent de nuit. 



Et, ensuite. aussi merveilleux encore — eùt été d^enten- 
dre dans la nuit aveugle 



Autour du clocher, deniandant k entrer, — comme au- 
tour d'un navire, un pauvre oiseau de mer ; 



Trois fois fut entendue, cette nuit-lâ, — la plainte de la 
mouette voltigeant k Tentour ; 



Comme une cloche d'appel k cette grand^raesse : — 7h- 
troïbOy — disait-elle, k chaque fois. . . 



Les jours suivants, un voyageur — demandait au sa- 
cristain de Tréguier : 



« Pourquoi, depuis trois nuits, — sont les cloches en 
branle ? 



C^est pour un incendie peut-être? — Cest pour quel- 
qu'un destiné k être prêtre 



Et qui s'en est allé dans 1'autre monde sans avoir dit sa 
messe, — que sonnent les cloches toutes seules. 



00 BREIZ 



Ha na gavo ket eur c'holist 
D'he ovis, eme ar sakrist, 



Nemed eur raevier, eo hent don, 
Ar pec'hed marvel 'n he galon. 



Siouaz ! 'vit Ronan e, maro 
Arok belegia 'n he vro. . . — 



Mar d'eo erruet kement-ze, 
Ra frealzo 'nn Otro Doue ! 



BRETAGNE Qi 



Mais il ne trouvera pas un enfant de choeur — pour son 
office, disait le sacristain 



Si ce n'est un homme ivre, dans la douve du chemin, 
- avec le péché mortel en son coeur. 



Hélas ! c'est pour Renan, mort — avant d'avoir été prê- 
tre dans son pays ...» 



Si pareille chose est vraiment arrivée, — que le Sei- 
gneur-Dieu soulage cette âme ! 



LANN-TREGER 



Chetu ar c^har-post a Wengamp 
Gand he gezek d'ar pevar-lamp. 

Deut war ho dor da glask kelo, 
'Vel klevont ar brizillono, . 

Ha tud Pontre ha tud Ar Roc'h : 
Drill~drill-drill'drill> daou-ugent kloc'h. 



Adarre d'ann hent ar c'har-post, 
Pemp a ganfarded ouz he lost ; 



Na den goude, met dall ar forn 
'Lez ar c'hoat astenne he dorn. 



LE PAYS-DE-TRÉGUIER 



Voici la raalle-poste de Guingamp,-— avec ses chevau* 
au grand galop. 



Sont venus sur leur porte, pour chercher les nouvelles, 
— dès qu'üs ont entendu les grelots, 



Les habitants de Pontrieux et ceux de La Roche : — 
drilly drill, drill, driU. . . quarante clochettes. 



Et encore eri route, la malle-poste, — avec cinq gar- 
nements trainés par derrière. 



Personne ensuite par le chemin, si ce n'est 1'aveugle du 
four banal, — sur la lisière du bois, allongeant la main 
pour son aumône. 



94 



BREIZ 



vond neuze gand ann dosen 
Eunn tremeniad troaz he benn, 



He benn distroaz da welet 

Ann hent war-he-lerc'h hed da hed. 



Peb tu d'ann hent eunn dastum gwe 
Lec'h al laouenan marvaille, 



Souezet hennez kavaz penoz 
Ann hent braz treuze koajo koz; 



Choaz ouz ar c'hleun, Vel er c J hoajo, 
Da dud muntret save kroajo. 



Pe tro-war-dro c'houez ar spern-gwenn, , 
*N eur c'hloz sonjaz oa o tremen. 



Aman falcTierien 'dren d'ar gleut 
I{o falc'h lemme gand eur min treut j 



Hag hi da lampât ar gleut moan, 
C'houec'h pe seiz, evit mond da goan 5 

Tolet fllzier mesk ar melchon 
'Barz ann duporl oa en hent don, 



BRETAGNE 95 



Alors, pendant qu'on montait la colline, — un voya- 
geur tourna latête; 

II détourna la tôte, pour regarder — le chemin qu'il 
Jaissait derrière lui, tout du long. 

A chaque côté de la route voyantdes groupes d^arbres, 
— où le roitelet chantait merveilles, 



Etonné, ce voyageur imagina que — le grand chemin 
traversait lâ des bois anciens ; 



Même sur les haies, ainsi que dans les bois, — en mé- 
moire de gens assassinés s'élevaient des croix; 

Ou encore,â Tentour, des senteurs d'aubépine blanche 
— firent a celui-lâ songer qu'il passait par un courtil. 



Ici, des faucheurs, derrièrô Téchalier, — aiguisaient 
leurs faucilles avec une pierre sèche ; 



Eux ensuite de saüter 1'échalier étroit, — six ou sept, 
pour se rendre au souper; 



Leurs faucilles jetées au milieu du trèfle — dans lé 
tombereau qui attendait au chemin creux, 



90 BREIZ 



Ar potr-kar reaz he dol skourje : 
'Nq duporl arok, 'r re-maQ goude, 



Daou ha daou, skourmet ho divrecli 
'War ko c'haloQ, evel meoec^h. 



Gand ann dro-gorn p'az int koachet, 
Nemed aon duporl u'oe klevet, 



Strous ar rojo dre ann heQt-kar, 
'Vel evit gori sklog ar iar. 



Ar sklokerach en eur bellât 
Nemed ann awel o c'houilât 



Klever hirvouduz. ann awel 
A ren dreist ar c^hleuoio huel. 



Ar re-ze 'q ho bugalerez 
Deuz chilaouet hon awel kez, 



Pa glemm, pe gelv, pe kaQ, pe goel, 
D'eur vouezik ker o komz heovel, 



Er goaov Vel kimiad aQQ ine 
Ha d'ann han son ar garante, 



BRETAGNE 97 



. Le charretier donna son coup de fouet : — le tombe- 
reau en avant, ces faucheurs venaient ensuite, 



Deux è, deux, les bras croisés — sur la poilrine, comme 
des moines. 



Lorsqu'au détour du chemin ils eurent disparu, — on 
n'entendit plus que le tombereau, . 

Le cahot des roues dans Tornière des charrettes, — 
ainsi que le gloussement d'une poule qui demande è, 
couver. 



Et ce cahot s'éloignant, — rien que le vent qui souf- 
flait 



Ne s*entendit plus, plaintif, ce vent — qui passe par- 
delâ les hauts talus* 



Ceux-lâ qui, dans ieur enfance, — ont écouté notre 
vent aimé, 



Qu*il se lamente, ou qu'il appellc, ou chante, ou pleure, 
~ pareil â, une chère voix qui nous parle, 



En hiver, rappelant un adieu d^âme, — et en été, une 
chanson d^amour, 

6 



98 BREIZ 



Biketi ar re-ze n'ankouafont 
Traouienno Breiz a zo du-hont. 



N'e ket c'houaz eunn draouien larfec'h, 
Ken tost d'ann envo m'hen gwelfec'h, 



Bolz ann env ken izel uz Breiz 
Gant goabr evel listri eleiz ; 

Ha m'eo chouk ann env kên izel, 
A gan ken koantig ann awel, 

'Vel ar c'hurun skler ve klevet 
Pa dirog ann oabl tost d'ar bed. 



Da gement zo Breizad a blij 
Mouez ar goabren divvar he nij. 



Evuruz ar re 'man ho zi 
War douaro ar Vreizidi, 



Ho gwele war ann draounien-ze, 
Evit gwelio re ann oabl le, 



Ar mor gaod he gouriz endro 
'Vel mamm-goz o luskell ato! 



BRETAGNE \}9 



Jamais ceux-lâ n/oublieront — les vallées de Bretagne 
qui sont lâ-bas. 



Vous ne diriez pas même une vallée, — è. voir le pays 
si près des cieux, 



La voùte du ciel abaissée au-dessus de la Bretagne — 
et chargée de nuées semblables k des navires ; 



Et parce que cette voùte du ciel est si basse, — chante 
Ih un vent si harmonieux : 



Ainsi l'on entend le tonnerre plus éclatant, — lorsqu'il 
déchire le ftrmament plus près de la terre. 



A quiconque est Breton plait — le murmure de la nuée 
qui passe en son vol. 



Heureux ceux qui ont leur demeure — sur les terres 
des Bretons. 



Leur lit dans cette vallée, — pour rideaux les voiles du 
vaste firmament, 



Avec Tocéan qui les enveloppe de sa ceinture, — 
fomme une grand'm£re qui herce éternellement ! 



100 BREIZ 



Na sponted ket diwar ho tor 
klevout trouz a tu d'ar mor, 



Tud a Lann-Treger, na grened : 
Dôn ar mor-ze, garo n'e ket. 



Ma fell d'ac'h klevet en od fall 
Ar gazek e'hlaz o c'hourinal, 

Savet he moue hed ar stered, 
Ann eon gwenn-kan distolet, 



Kement a soroc'h hag er c'hoat 

Pa stourm ar bleizi 'kreiz ar gwad. . ., 



Mond pelloc'h a vanko neuze : 
Ho-man eo mor ann drugare. 



Nep belek eno 'heuil ar groaz 
N'e diskennet lez ar mor braz, 



Gand ar stol du, 'n he dorn ar beuz, 
Da noui eur vag en he heuz. 



Ar mordrouz deu gand ar wagen 
'Vit m^eo klemmuz, zo hep anken. 



BRETAGNE 101 



Ne vous effrayez pas sur votre porte, — si vous enten- 
dez du bruit venant de la mer, 



Gens du Pays-de-Tréguier, et ne tremblez pas : — - cette 
mer est profonde, elle n'est pas terrible. 



Si vous tenez â entendre sur une plage funeste — la 
jument bleue hennir, 

Sa crinière dressée jusqu'aux étoiles, — son écume 
toute blanche rejetée au hasard, 



Avec autant de vacarme que dans un bois — où se dis- 
putent les loups au milieu du sang. . ., 



II faut alors que vous alliez plus loin : — celle-ci est la 
mer de la merci. 



Nul prêtre, lâ, accompagné de la croix, — n'est des- 
cendu au bord de la grande mer, 



Avec Tétole noire, dans sa main le buis bénit, — pour 
extrémiser une barque en perdition. 



Le bruissement qu'apporte la vague, — s'il est plaintif, 
reste sans angoisse. 

6. 



102 BREIZ 



Eur vouezik klevfed ouz ann noz, 
Gwerz eur mesaer war ar roz. 



Wecho velkent ve leun ar poul, 
Hag ar mor a diskuill eunn houl, 



Eunn houlen pe diou losk er vro : 
Unan ia bete Pontreo, 



JHag heben damdosta d'Ar Roo'h, 
Sioul ha klouar, na pelloc'h, 



'Vel dre hec'h hun ra eur wregik, 
Astennet gant-hi he brec'hik, 



Ha dousik-dous 'kreïz ann kuvre 
A lar hano he c'harante. .. 



Pa stagaz ar c'har-post e ker 
Oa kouignaoua 'ti ar c'hleier. 



Hag eur c^hloarek diwar he rez, 
Bleuriel gant-han, 'vond emez ; 



— - De-mad d'ac'h, hirie ma mammik. 
Chetu ho mab da velegik. 



BRETAGNE J03 



Si vous entendez quelque voix, vers le soir, — c'est la 
complainte du pâtre du haut de sa colline, 

Quelquefois pourtant se trouve Tétang trop plein ; — et 
la mer alors dèverse un flot, 

Elle verse un flot ou deux sur la contrée : — l'un monte 
jusqu'â Pontrieux, 

Et Tautre parvient â La Roche, — silencieux et doux, 
sans aller plus loin; 



Telle, en son sommeil, une femme, — étendant les 
bras, 



Tendrement au milieu de son rêve — prononce le nom 
de son bien-aimé. . . . 



Quand s'arrêta la malle-poste dans la ville, — c'était 
noêl chez les cloches. 



Et un clerc se levant, — son bréviaire avec lui, de 
descendre : 



, « Bonjour â vous aujourd'hui, ma bonne mère. — 
Voilâ que votre fils est devenu prôtre. 



104 BREIZ 



D'ar sul goude ar Sakramant 
Kanin m'ofern-bred, 'vel po c'hoant. 

Out-han selle 'pad ar c'hloc'had 
Eur verc'hig en eur galonad : 



— Gwennola gwechall hec'h hano. 
Ar baourez biken ne vleunio : 



Et he skiant mad gand Doue, 
Aboe ma mab zo et ive. — 



En Breiz, e giz ho-man zo kalz 
Ar Werc'hez ra dai d'ho frealz ! 



BRETAGNE 105 



Le dimanche qui suivra la fète du Sacre, — je chante- 
rai ma première grand'messe, si vous le souhaitez aussi. > 

Sur lui tenait ses regards, pendant le carillon des clo- 
ches, — une jeune fille touchée d'un crève-coeur : 



« Gwennola était son nom autrefois. — La pauvre fille 
ne fleurira jamais : 



Sa raison s'en est allée avec Dieu, — depuis que mon 
fils également a été consacré â lui. » 



En Bretagne, elles sont beaucoup comme celles-ci : — 
que la Yierge vienne les consoler I 



NOZ ANN NEDELEK 



Sonet ann ofem anter-noz ; 
Ar gristenien et cTar baroz, 
Nemet lann Kouer zo 'barz ann ti 
flag al loened er marchosi. 

En oaled av c'hev a c'hlaoue, 

Ha Iannik Kouer a vorgouske, 

Maro ann tan ebarz he gorn, 

Alc'houe ar c'hraou gant-han 'n he zorn. 

Ann Nedelek p'az e kanet, 
A zo breman tro al loened 
Da darempred Mabik Jezuz, 
Ar gristenien p'int et da guz. 

P'e tremenet loened ar vro, 
Da vond gant-he d'ann oviso 
Zaout Iannik Kouer ho deuz galwet : 
Siouaz ! dor ar c'hraou zo serret. 



LA NUIT DE NOEL 



La messe de minuit est sonnée ; — les chrétiens sont allés 
è, la paroisse, — - excepté Iann Kouer qui est dans la mai- 
son, — et les bêtes dans 1'écurie. 



Au foyer, la bùche charbonnait, — et Iannik Kouer 
était ensommeillé, — le feu éteint dans sa pipe, — la clé 
de Tétable avec lui dans la main. 



Lorsque Noêl est chanté, — c'est maintenant le tour des 
bôtes — de faire visite au petit Enfant-Jésus — dès que 
les chrétiens se sont retirés. 



Lorsque passèrent les bèles de la contrée, — pour les 
accompagner k leurs offices — elles ont appelé les vaches 
de Iannik Kouer : — hélas ! la porte de Tétable est fer- 
mée. 



108 BREIZ 



Hag int da hirvoudi 'n ho iez 
Ha da vlejal, al loèned kez! 
A-greiz he hun e savet Kouer 
kredi war-n'han oa al ler. 



Da nozvez ar Mabik Jezuz 
Gwelet ar c'hraou oa burzuduz 
Sklerijennet 'vel eunn oter, 
Hag ann ijen o prezek ker : 



— Nemed ann den hag ann tousek 
A chom kousket d'ann Nedelek. 
Ann ti d'ann noz-ze zo prennet 
Gand ann Anko vo digoret. 



Klewed : daoust d*ar penn-tiegez! 
He dreid 'penn a-rog c'hai emez, 
Dindan daou-ugent de vo red 
Dougen ar penn-ti d'ar vered» — 



Ha daou-ugent devez goude^ 
Gouel ar Ghandilour oa neuze, 
D'ann oferen-bred et ann oll, 
Nemet Iann, potr-ar-ger beb tol. 



Eunn droïg a re 'n he bark braz, 
Kloc'h ar Sanctus pa daoudolaz i 
Hag hen da redek oza mern 
D'he dud o tond deuz ann ofern. 



BRETAGKE 109 



Et elles de se plaindre dans leur langage — et de beu- 
gler, les pauvres bètes ! — Du milieu de son sommeil s'est 
levé Kouer, — sMmaginant que le voleur était chez lui. 



Cette nuit du petit Enfant-Jésus, — c'était merveilleux 
de voir Fétable — éclairée comme un autel; — et le boeuf 
prononcait de belles paroles : 



« II n'y a que Thomme et le crapaud — qui dorment â la 
(nuit de) Notil. — La maison qui reste fermée, cette nuit- 
la, — parTAnko sera ouverte. 



Ecoutez : malheur au maitre-de-ferme! — II sortira 
(d'ici) les pieds en avant; — dansquarante jours il (nous) 
faudra — porter notre maitre-de-maison au cimetière. » 



Et quarante jours après, — c*était la fète de la Ghande- 
leur alors, — tout le monde était sorti pour la grand' 
messe, — excepté Iann, qui restait de garde â chaque 
fois. 



II faisait une tournée dans son plus grand champ, — 
quand la cloche du sanctus résonna : — et iui de courir 
préparer le diner — pour ses gens qui revenaient de la 
messe. 

7 



ilO BREIZ 



Med ouz he welet 'n eur park all 
Eur c^hoele zo krog da vlejal ; 
Ar c'hoele war helerc'h. lannKouer 
Oa stok he daou droad ouz ar ger, 



Foe treuzet he gein gant 'tol korn, 
Alclioue ar c'hraou gant-han 'n he zorn. 
Hag en ho c'hraou, eme ar vrud, 
A vousc'hoarze al loened mud. 



BRETAGNE 11 1 



Mais en le voyant, dans un autre champ, — un taureau 
se met â beugler; — le taureau de le poursuivre. Iann 
Kouer — touchait de ses deux pieds la maison, 



Quand il eut le dos percé d'un coup de corne, — la clé 
de 1'étable avec lui â la main. — Et dans Tétable, dit la 
légende, — souriaient les bètes privées de parole. 



GWERZ AR VARTOLODED 



Dinn-daon-dinn!. . . Kloc'h ann oferen 
A son abred war ann dachen, 

Oferen ar vartoloded 
E Koz-Iliz a ve larct, 



Arok mond d'ann Douar-Nevez, 
Ar sadorn, d'ar pesketerez. 



Potred ha placlied, — daon! dinn! daon! — 
Ann oll d'ar chapel ia en kaon, 



Ar vugale gand ho mammo; 
Hirie 'man ovis ar maro : 



Ken hirr ann hent ha dôn ar mor 
'Tre Douar-Nevez hag Arvor! 



LA COMPLAINTE DES MATELOTS 



Dinn-daon-dinn ! . . . La cloche de la raesse — sonne de 
bonne heure, â cet endroit, 

Lamesse des matelots, - qui est dite â Koz-lliz, 



Avant d'aller â Terre-Neuve — pour la pôche, le sa- 
medi. 



Hommes et femmes. . . daon! dinn! daon!. . . — tout le 
monde se rend â la chapelle, vêtu de deuil, 



Les enfants avec leurs mères; — - car aujoimThui c'est 
Toffice des morts : 



Si longue est la route et si profonde la mer, — entre 
Terre-Neuve et 1'Arvor ! 



114 BREIZ 



Perag 'man Perinig Al Laz 

Ter gwech oc'h ober sin ar-groaz? 



— Na velet ket ar gevnidenn 
steui 'dreg ar Werc'hez wenn ? 



Kevnidenn beure zo chans fall. . . 
— Ha ma huvre ! eme eunn all, 



'Me groeg Ar Morvan. Da douller 
Oa et ma goaz, lec'h pesketer ; 



Ia, da douller et Ar Morvan, 
Da douller beio^ en noz-man! 



Hag eunn all, gand he c'hrouadur 
— Fotet gan-in ma ziladur. 



Ar iot-kerc'h ozet evit mern : 
N'e ket eur merk euz ann ifern? 



Tad ar plac'hed a diougane, 
Ar vartoloded a bede, 



BRETAGNE 115 



Qu'a donc Perrinette Le Laz — trois fois a faire le signe 
de la croix? 



« Ne voyez-vous pas, dit-elle, cette araignée — qui flle 
derrière la Vierge blanche? 



Araignée du matin, c'est malchance..» — « Et mon 
rève â moi ! dit une aütre, 



Dit la femme Le Morvan. Fossoyeur — était devenu 
mon mari, au lieu de pôcheur, 



Oui, devenu fossoyeur, Le Morvan, — fossoyeur de 
tombes, cette nuit-ci! » 



Et une autre, qui tenait sa créature : — c Ma farine dé- 
layée, je Fai renversée moUmôme, 



La bouillie d'avoine mise en train pour le diner : 
n'estce pas la un augure de 1'enfer? > 



Pendant que les femmes tiraient des présages, — Ies 
matelots priaient, 



HC BREIZ 



Pleget ho fenn ouz ann oter, 
'Vid na gavjent ann drougamzer. 



'Pad ar merc'hed a douge klemm, 
Krogaz unan, eul lagad lemm, 



Da c'hoarzin, ken oa ru hi chod, 
Ha ken krozazjeur martolod : 



— Daonet vo Doue ma ine ! 
Da varvaill deuer 'ti Doue? - 



Ar person, losket he ovis, 
A c'hourdrouze en Koz-Iliz 



— N'e ket ho leio-Doue c'hoaz 
Dai a-benn ouz ar gazek c'hlaz. 



Hennez *ñ euz kredet drouk-pedin, 
Dindan al lamp, war he daoulin, 



A renko laret he gredo. . . — 
Job Kerarbrun oa he hano ; 



Ha Vel eur c'hristen a feson, 
Jobik sentaz ouz he berson. 



BRETAGNE 447 



Leurs tétes inclinées au pied de 1'autel, — afin de ne 
pas rencontrer le raauvais temps. 



Et pendant que ces femmes étaient â se plaindre, — se 
prit Fune d^elles, un oeü vif, 



A rire tant, que ses joues en étaient rouges, — et tant, 
que tempêta un matelot : 



« Damné soitle Dieu de mon âme! — Est-ce pour con- 
ter des balivernes qu'on vient dans la maison de Dieu? » 



Le recteur y ayant laissé lâ ses offices, — grondait alors 
dans Koz-Iliz : 



« Ce ne sont pas vos blasphèmes encore — qui vien- 
dront â bout de la jument bleue (la mer). 



Celui-lâ qui a osé commettre une imprécation, — sous 
la lampe, â deux ,genoux, 



Devra réciter son credo... » — Job (Joseph) Keram- 
brun était le nom de celui-lâ; 



Et comme un chrétien convenable qu'il était, — Jobic 
obéit h son recteur. 



H8 BREIZ 



Person Planiel oa eur sant, 

Droug eunn tammik d'ar merc'hed koant : 



— Ha c'hoaz a vank d'ar c'hoarzerez 
Dond en pinijen. Piou honnez? — 



'Vid ann dro ze, kalz da c*hoarzin 
welet mond war hi zaoulin 



Groegik Kerarbrun, n' he gichen, 
Ho daouïk d'ober pinijen. 



Peb-hini, nfoar vad, a c'hoarze, 
Nemet Kerarbrun, hen n'a re. 



Pell int bet war vor gand ho zro. 
Ha Job kez n'e ket deut endro. • . 



BRETAGNE 1 19 



Le recteur de Pleudaniel était un saint, — sévère un 
peu pour les jolies filles. 



t Et il faut aussi que la rieuse — vienne a cette péni- 
tence. Quidonc celle-la? » 



Pour cette fois, beaucoup de rire — en voyant se ren- 
dre sur ses deux genoux 



La petite femme de Kerambrun a côté de lui, — les deux 
malheureux faisant ensemble la pénitence. 



Chacun, je pense bien, riait alors, — hormis Keram- 
brun; lui ne riait pas. 



Ils ont été longtemps sur mer, â ce voyage. — Et le 
pauvre Job n'en est pas revenu. 



KANOEN AR MILINER 



E Milin-Vor oa eur vatez, 

tic-a-tac 
filaz he lagad ha flonr he mouez 
Tac-a-tac-a-tac-a-tac. 



E Milin-Vor oa eur potr-kar 
Leun he borpant ha reud he c har. 



D'ar sadorn-bask, gret he c'hrampoez, 
Da glask he faskig hi a eaz. 



Ann absolven hag hi J n euz bel? 
Hlni 'r potr-kar na laran ket. 



Ken ar potr-kar arok nao miz 
Loskaz ar vatez war he giz. 



Eunn de, lemmet he vein gant-han, 
Ar miliner lare 'kouls koan : 



LA CHANSON DU MEUNIER 



A Müinn-Vor (moulin-de-mer) il y avait une servante, 
— tic-a-tac -— bleu son rcil et douce sa voix — tac-a-tac- 
a-tac-a-tac. 



A Milinn-Vor il y avait un garcon-charretier, — serré en 
son pourpoint et droit sur la jambe. 



Le samedi-saint, ayant fini ses crêpes, — la servante 
alla chercher ses pauvres pâques. 



L'absolution, la regut-elle? — Celle du garcon-charre- 
tier, je ne dis pas non. 



Si bien, que le garcon-charretier, avant neuf mois, — 
laisse-lâ ia servante, en létat où elle était. 



ün jour, lorsqu'il eut piqué ses meules, — le meunier 
disait, vers llieure du souper : 



122 BREIZ 



— N'ouzonn ket, aboe diou noz zo 
Ann durbinen n'a ken endro ; 



Aboe diou noz zo ear vouez e, 
Klemgan er stank miserere, 

Chordet eo ar vilin ha ni : 
Otro Person, dichorded hi. — 



Ar vatezik, 'vel m'hen klevaz, 
Gand ann diri d'ann nec f h pignaz ; 

Ha d'en em dol euz ar c'hrignel 
Euz lec'h 'n doa tolet he bugel. 

Dre he menoz a zo laret 
He c'hrouadur 'n eüz badeet; 



Pe dre menoz he vamm ma n'e, 
Me chans a beurz 'nn otro Doue : 



Rag en noz warlerc*h ar vouezik 
Benedictus kane koantik. 



Evit potr-kar ar Vilin-Vor, 

tic-a-tac 
Er galeo^man o koll gor 
tac-a-tac-a-tac4 



BRETAGNE 123 



c Je ne sais pas; mais voila deux nuits — que la tur- 
bine ne tourne plus ; 



Depuis deux nuits, il y a une voix — qui gémit dans 
1'étang le miserere. 



Le moulin est ensorcelé, et nous aussi. — Monsieur le 
Recteur, tirez-nous donc de ce sort. » 



Dès que la petite servante Pentendit, — affolée elle 
monta lâ-haut ; 



Et elle se jeta du grenier, — Tendroit mème d'où elle 
avait précipité son enfant. 



Par son désir, a-t-on dit, — elle a baptisé sa créature; 



Ou, si ce n'est par le désir de sa mère, — Tenfant Pa 
été sans doute par la permission du bon Dieu : 



Car, dans la nuit suivante, la petite voix — chantait 
doucement le benedictus. 



Quant au gargon-charretier de Milinn-Vor, — tic-a-tac 
— il est aux galères, où il éteint ses feux. — tac-a-tac-a- 
tac» 



POK AR MARO 



Klewèt ac'h euz pe burzud braz 
E Breiz-Izel a c^hoarveaz? 



Ker ar plac'hik 'vel stereden, 
Evel eunn evn ar potr laouen. 



— Naïk, Naïk kez, lared d'in, 
Hag e miz gwelen hon dimin? 



Neuze hon daouïk d'ar bla-man 
Rafemp pardon sautez Annan. 



— Me 'vo hualet p'am bo c'hoant. 
Evelse komz ar plac'hed koant. 



LE BAISER DE LA MORT 



Avez-vous appris quel grand prodige — est survenu en 
Basse-Bretagne? 



Belle était la jeune fille comme une étoile, — cotome un 
oiseau était joyeux le jeune homme. 



« Naïc, chère Naïc, dites-moi, — est-ce au mois de juil- 
let qu'aura lieu notre mariage? 



Alors nous deux ensemble, cette année, — nous ferions 
le pardon de sain-te Anne. 



— On me mettra les entraves, lorsque m'en viendra 
Tenvie. » — Ainsi répondent les jolies filles. 



126 BREIZ 



Da viz gwelen, bleun er parko, 
'Toull ann nor stokaz ann Anko. 



Arabad e goude kanvo 
Daou da darempred ar beio ; 



Ar re varo 'deuz kasoni : 
Ho hun n'e ket mad da derri. 



— Gwell ve ma lakât en douar 
E-lec'h Naïk! — garme he c'hoar. 



Hag ouz hi c'hlevet oa true 
Hep gallout kuz he c'harante. 



D'ann abarde, eur c'horf kasti 
Da sevel ouz ar gwele pri, 



Hag a dolaz he ninsel wenn 
Gand ann daouïk war ar ieote». 



Kaset daou arched da Naïk, 
Evid he dous hag he c'hoarik. 



BJIETAGNE i%~ 



Au mois de juillet, les champs étant fleuris, — FAnko 
heurta au seuil de la porte. 



II ne faut pas après un deuil — aller deux â deux visi- 
ter les tombes; 



Cest que les morts sont jaloux : — il n'est pas bon 
d'interrompre leur sommeil. 



« II eùt mieux valu me mettre en terre, — â. la place de 
Naïc ! » — gémissait sa soeur. 



Et c'était pitié de Tentendre ainsi, — parce gu^elle n'en 
pouvait plus de voiler son amour. 



Vers le soir, un corps décharné — de se lever de son 
lit de terre glaise, 



Et de jeter son linceul blanc — aux deux amants assis 
sur Therbe verte. 



L*on porta deux autres cercueils h Naïc, — pour son 
fiancé et pour sa pauvre sceur. 



i 28 BREIZ 



Breman emaint ho zri kousket, 
Naïg ekreiz, 'memeuz bered. 



ïer ivinen zo krog eno, 

Tri evnik-noz kan er branko. 



Neb a dremen dindan ar gwe 
Stag da oela hep gouzout d'he. 



BRETAGNE 129 



Maintenant ils sont couchés tous les trois, — Naïc au 
milieu, dans le même lit de cimetière. 



Trois ifs ont poussé sur la tombe, — et trois oiseaux, la 
nuit, chantent dans les rameaux. 



Quiconque passe sous ces arbres, — se met â pleurer 
sans savoir pourguoi. 



HUNVRE 



Awalcli drida, ma c'halonik ! 

Taw, paourik kez, kousk ha taw mik. 



Kelo 'meuz bet deuz ma c'hoantiz, 
Zo et eunn devez gand he giz, 



Ha war-ma-lerc , h deut d'ar Ger-Vraz 
Ouz ma c'hlask pe dam gwelet c'hoaz. 



Tost d^ann iliz, 'vid hi c'hortoz 
Oann o vale, 'vel renn bemnoz; 



Hag hi da dremen : Doue oar 
Eur plach a sell ien pe glouan 



SONGE 



Cest assez battre, mon pauvre coeur! — Tais-toi, cher 
malheureux, repose et tais-toi â jamais. . . 



J'ai re$u ces nouVelles de ma fiancée, — qu'elle s'est 
mise en chemin, un jour, 



Et qu'â. ma suite elle est venue dans la Grande*Ville,— 
pour me chercher ou pour me revoir. 



Près de règlise, pour l&ttendr^ — j'étais â, me promc- 
ner, comme je faisais jadis tous les soirs; 



Et elle de passer : mais Dieu seulement sait — si une 
femme regarde d'un ceil froid ou aimant. 



1 32 ÊRElZ 



Na gir 'treomp; nemet raktal 
Kuzaz en iliz 'vel gwechall. 



Gortoz oa d'in diwar ann hent 
Mouchet eo d'in Doue ha sent ; 



'Boe 'meuz kollet ar garante, 
E losket baradoz Doue. . 



'Vid ann noz-ze oann dihunet 
klevout goel ouz ann oaled, 

'Korn ann oaled eunn elik gwenn, 
Eunn alc'houez aour enhe gerclien, 



M'oar vad alc'hoùez ar baradoz, 
Lec'h a nijaz d'ann anternoz, 



Nemet oa deut, 'vit kimiadi, 
Eur verc'hik ker evel lili. . . 



Chetu vo ugent bla breman, 

'Noz eo maro 'm euz 'nn huvre-maü. 



BRETAGNE 433 



Pas une parole entre nous» deux; — mais sur-le-champ 
elle disparut dans 1'église, comme autrefois. 



II me fallait 1'attendre sur la route : — car Dieu et les 
saints me sont voilés; 



Depuis que j ai perdu Tamour, — j'ai renoncé au para* 
dis de Dieu... 



Cette nuit-lâ, je fus réveillé, — en entendant qu'on 
pleurait près du foyer ; 



Au coin du foyer était un petit ange blanc, — avec unc 
clé d'or â son cou; 



Je pense bien que c'était la clé du paradis, -— où il 
s'est envolé vers - la mi-nuit, 



Hais en se transformant, pôur me laisser Tadieu, — en 
une jeune fille belle comme un lys. . . 



Voici qu'il y aura vingt ans bientot, — que, la nuit 
où elle est morte, je fais ce mème songe. 

8 



134 BREIZ 



Tud vad, p'em kavfed ma-unon, 
Vin o lenva dam anaon; 



N'am dalc'hed ket, m'ac'h euz true 
War zeulio ma dous vin neuze. 



BRETAOE 135 



Bonnes gens, si vous me rencontrez tout seul, — je se- 
rai â pleurer mes défunts ; 



Ne me retenez pas, si vous avez pitié de moi : — c'est 
qu'A ce moment je suivrai les pas de ma bien-aimée. 



SON ANN NEVEZ-AMZER 



Moualc'hik-noz, pa glevan da son — o son 
A sav ann anken em c'halon ; 
'Vel eul lestr war ar mor, d'ann noz — bemnoz 
On ma-unan e-kreiz ar groz. 



Daro el lanneg ar bleunio, — daro 
Gwisket a nevez ar c'hoajo ; 
Ar pardonio a zo digor : — digor 
Deut 'ta, merc'hed, war doul ho tor. 



Ann nevez -amzer c'hoarvezet — abred, 
'Man daou ha daou al lapoused, 
Al lapoused o klask eunn neiz — ho neiz 
'Vel er pardon tud iaouank Breiz. 

Tomder ann env hag he vammik — mammik 
'Meaz he blusken tenn ann evnik ; 
Ouz ar ganfarded re garo, — garo 
Evnigo, Doue d'ho miro ! 



CHANSON DU PRINTEMPS 



Gentil merle du soir, lorsque j'entends ta chanson 
chanter, — s'élève Tangoisse dans mon coeur ; — - comme 
un navire sur la mer, dans la nuit, chaque nuit— je suis. 
solitaire, au milieu de la tempête. 



Dans la lande ont reparu les fleurs, reparu, — les 
bois se sont revêlus de neuf ; — les pardons sont ouverts, 
rouverts : — venez donc, jeunes filles, sur votre porte. 



Le printemps est revenu, de bonne heure, — deux â 
deux sont les oiseaux, — les oiseaux cherchant un nid, 
leur nid, — comme au pardon les jeunes gens de Breiz. 



La chaleur du ciel et (celle) de sa pelite mère, la pe- 
tite mère, — font éclore de Foeuf le petit oiseau ; — con- 
tre les garnements trop cruels, si cruels, — petits oi- 
seaux, que Dieu vous protège ! 



138 BREIZ 



Pa vo kresket ho diou-eskel, — eskel 
'N eur gana tarnijfont huel ; 
Al lapoused 'zo da Doue, — 'vel me, 
'Vel on dalc'het d'am c'harante. 



Ann nevez-amzer zo joaüz — joaüz 
Nemed d'ar re karantezuz, 
D'ar re 'zo pellet d'a viken — biken 
Ha gwestlet ho daouïk zoken. 



Taw da c'houistellat, moualc'hik-noz, — bemnoz 
N'on ken, siouaz! ouz hen gortoz; 
Troc'het e ma nevez-amzer, — a-verr : 
N'euz den ouz ma c'hortoz er ger. 



BRETAGNE 139 



Quand auront poussé leurs deux ailes, leurs ailes, — 
en chantant ils s'envoleront lâ-haut ; — les oiseaux sont 
a Dieu, comme moi-même, — comme moi j'appartiens 
â mon amour. 



Le printemps est joyeux, joyeux, — si ce n'est pour 
ceux qui aiment ; — pour ceux qui sont séparés â jamais, 
â jamais — et voués pourtant Tun â 1'autre. . . 



Gesse de siffler, gentil merle du soir, chaque soir, — 
je ne suis plus, hélas ! â attendre 1' (aimé) ; — mon prin- 
temps a été tranché, avant le temps : — ii n'y a per- 
sonne qui m'attende â la maison. 



ANN DISTRO 



Distroet on da di ina zad 

La la o la di ra 
Distroet on da di ma zad, 
Daero kement 'n hon daoulagad 

'Nn de m'oann ouz ho c'houitât ; 



Lec'h zo bet anken ha daero 

La la o la di ra 
Lec'h zo bet anken ha daero, 
E ti ma zad, de ma distro 

Den n'ouic ma hano. 



Goude weliz ma mignoned 

La la o la di ra 
Goude weliz ma mignoned : 
Arok tregont bla tremenet 

Bleo gwenn ha barv loedet ; 



LE RETOUR 



Je suis retourné â la raaison de mon père, — la la o la 
dira — je suis relourné â la maison de mon père, — (où 
il y a eu) tant de larnies dans nos yeux — le jour où 
j^étais pour les /juitter ; 



Où il y a eu (tânt d') angoisse et (de) larmes, — la la o la 
di ra — où il y a eu (tant d') angoisse et (de) larmes, — 
dans la maison de mon père, le jour de mon retour — 
personne ne savait plus mon nom. 



Ensuite je revis mes amis,— la la o la di ra — ensuite 
je revis mes amis : — avant (que) trente ans (fussent) 
passés — (ils étaient avec) les cheveux blancs et la barbe 
moisie ; 



J 42 BREIZ 



Hag hi, potred oe sonn ho fenn 

La Ja o la di ra 
Hag hi, potred oe sonn ho fenn, 
Nikun n'am sellaz 'vid astenn 

He zorn 'vel diagent. 



Hag elec'h emaint 'hon c'hortoz 

La la o la di ra 
Hag elec'h emaint 'hon cliortoz 
'N ho gwele pri hon zado koz 

Sioul ha de ha noz , 



E bered ma bro 'ta bet on 

La la o la di ra 
E bered ma bro 'ta bet pn ; 
Eno 'tre raa oll anaon 

Sonjenn, siouaz ! d^unon, 



Eur plac'hik koant pa oe *n he bleun 

La la o la di ra 
Eur plac'hik koant pa oe n he bleun ; 
Biskoaz n'e bet ma c'halon leun, 

Boe out-hi m'on en keun : 



Re ger 'vit chom pell er bed-man 

La la o la di ra 
Re ger 'vit chom pell er bed-man, 
Hag et gand Doue, Vel bleun-han 

'Rok serr-noz o plegan ; 



BREtAOE U3 



Et d'eux, ces gargons qui portaient haut la tête, — la la 
o la di ra — et d'eux, ces gaicons qui portaient haut la 
tête, — nul ne m'a regardé pour me tendre — la main, 
comrae auparavant. 



Et puis, lâ où sont â nous attendre — la la o la di ra — 
et puis, lâ où sont a nous attendre — dans leur lit de terre 
glaisc nos grands-pères, — silencieux et le jour et la 
nuit, 



Dans le cimetière de mon pays donc je suis allé, — la 
la o la di ra — dans le cimetière de mon pays donc je 
suis allé ; — lâ, entre tous mes trépassés — je pensais a 
une, hélas! 



Une jeune iille charmantc lorsqu'elle fut dans sa fleur, 
— la la o la di ra — une jeune fille charmante lorsqu'elle 
lut dans sa fleur : — jamais je n'ai eu le coeur plein — de- 
puis que je suis en regret d*elle. 



4 

(Elle était) trop belle pour rester en ce monde-ci, — la 
la o la di ra — (elle était) trop belle pour rester en ce 
monde-ci, -- et (elle est) allée vers Dieu, comme une pri- 
mevère ^- qui se penche avant la tombée de la nuit. 



144 êfêïz 



Ker am euz bet klask en dachen 

La la o la di ra 
Ker am euz bet jdask en dachen, 
Na kroaz, na be, na gwenojen, 

Netra ken na gavenn, 



Nemed eur ween, en he bek 

La la o la di ra 
Nemed eur ween, en he bek 
Eunn evnik savet deuz he bleg 

Gant trouz ma zreid flik-flek ; 



Hag al lapous ouz ma c'helvel 

La la o la di ra 
Hag al lapous ouz ma c'helvel 
Ik4k lare, 'vel ar bugel 

D'he vamm en he gawel : 



Rag ann neubeudig a garer 

La la o la di ra 
Ann neubeudig en em garer 
Da vugale c'hoaz a deuer, 

Evnigo dibreder. 



Ha ma fedem p'an euz laret 

La la o la di ra 
Ha ma feden p'am euz laret, 
He diou-eskel en euz straket 

Ha d'ann env tarnijet. 



BRETAGNE 145 



J'ai eu beau chercher dans le lreu (funéraire), — la la o 
la di ra — j'ai eu beau chercher dans le heu(funéraire), 
— ni croix, ni tombe, ni sentier, — je ne retrouvais plus 
rien, 



Qu'un arbre, au sommet duquel — la la o la di ra — 
qu'un arbre, au sommet duquel — un petit oiseau, qui 
s'était levé de son juchoir — au bruit de mes pieds flic- 
flec ; 



Et 1'oiseau pour irfappeler — la la o la di ra — et Foi- 
seau pour nTappeler — disait lc-lc, comme lenfant — 
(fait) a sa mère dans son berceau : 



Car le peu de temps où nous aimoiiü,'— la la o la di ra 
— le peu de temps où nous nous entr'aimons, — nous de- 
venons une seconde fois des enfants, — petits oiseaux 
insoucieux. 



Et quand j'eus dit ma prière, — lu la o la di ra — et 
quand j'eus dit ma prière, Tuiseau a frappô dc^ deux ai- 
les — et vers le ciel (il s*est) cnvolé. 



146 BREI2 



Ma ine paour daï da evnik 

La la o la di ra 
Ma ine paour daï da evnik, 
Ha war ar brank gand ar placliik, 

Lec'h a ganfomp ik-ik. 



I 



BRETAGNE j 47 



Ma pauvre âme sera changée en petit oiseau, — la la o 
la dira — ma pauvre âme (aussi) sera changée en petit 
oiseau, — et (elle viendra) avec la jeune fille, sur cette 
branche, — où nous chanterons ic-ic. 



BARO SPERN HAG IV IN 



Ann de m'on et pell ouz ma bro, 
D'ann oll 'meuz laret kenavo. 



Hag o tremen ouz ar vered 

Da droad ar groaz on daoulinet ; 



Eur garlantez spern ha lili 
Am euz boutet en douar pri, 



Eur boudik-spern, \ r id he gempenn 
Staget tro-a-zro lili gwenn ; 



Pedet ? m euz ann otro Doue 
(Ma glev Doue pedenno-ze) : 



RAMEAUX D'ÊPINE ET D'IF 



Le jour où je m^en allai, loin de mon pays, — j'ai dit 
ladieu â tous : 



El en passant devant le cimetière, — au pied de la 
croix je me suis agenouillé. 



Une couronne faite d'épine et de lis, — je 1'ai plantée lâ 
dans la terre glaise, 



Une branche d'épine, ornée — de lis blancs fittachés 
tout autour ; 



Et jai prié le Seigneur-Dieu — (si Dieu peut écouter ces 
sortes de prières) : 



150 BREIZ 



— Honnez a dalc^h ma c'halon baour, 
Ann Anko ra dai d'am sikour 



Evid ann anken d'hi starda, 

Eur wech ma ve dei d*am ankoua ! 



Evel eur sparl e rod ar c'har 
Treuzo boud-spern kalon digar, 



Ha mesk lili gwenn hec'h ine 
D^ober hi foan chomo noz-de ! 



Ha rVhoarvefe d'm kement all ! . . 
Diwalled ouz pedenno fall 



Rok oe dizec'het ar boud glaz 
Ha gwenvet lili 'troad ar groaz, 



Troaz hi fenn d'ar plac'h iaouank : 
Goelet am euz, 'vel ruill ar stank. 



Ma dousik-koant am boe gwestlet, 
Ha d'ann Anko z-eo dimezet ; 



E bered hon farouz bréman 
A gousk hecli hunik tfivezan. 



BRBTAGHE 451 



c Celle qui tient mon pauvre cceur ; — je souhaitc que 
FAnko (Pange ou messager de la mort) me viennc en se- 
cours. 



c Et qu'il Tétreigne (Tangoisse, — si elle cloit jaraais 
m'oublier ! 



c Comme un épieu dans les roues d ? une charrette en- 
travée, — que ce rameau d'aubépine traversc alors son 
coeur sans amour, 



« Et que son âme, retenue au milieu de ces lis blancs^ 
- y reste a faire sa pénitence nuit et jour ! 



c Et qu'un sort semblable m'attende moi-mème !..,»— 
Craignez dé telles imprécations. 



Avant que fut desséchée la branche d'épine verte, — ou 
flétris les lis, au pied de la croix, 



La tête avait tourné â la jeune fille : — mes pleurs ont 
coulé comme Teau courante dun étang. 



A ma douce-mignonne — j'avais jeté* un sort, et elle 
s'est mariée a PAnko# 



Dans le cimetière de notre paroisse, a présent, — elle 
dort le doux sommeil suprême. 



4 52 BREIZ 



II 



vond en hent, hcp tra da frealz ma c'halon, 
Troc'hiz eur boud ivin e ti ann anaon. 



Bar ivinen koantik, c*houez vad at euz losket 
'Vel louzou war gouli dar paour kcz divroet ! 



Pa sav ma nec'hamant 'vel awel-kroz war vor, 
Boudig ann anaon digas koun ouz Arvor : 



N'eo ket ann od du-hont, ha pellocTi al listri, 
Ha tro-trez diwar nij o c'hoagat ar brini ? 



Ekreiz ar c'hoajo frank ann evned a diroll, 
Dr^ist kribel ar menez arokma guz ann heol ; 



Skiltr eo dre ann hent kleuz tol skourje ar glaouer, 
Ha mouez ar foueter-bro pa gan ken dibreder. 



BRETAGNE 153 



II 



Quand je me misen chemin, n'ayant rien pour soutenir 
mon coeur, — je coupai une branche d'if dans la demeure 
desdéfunts. 



Rameau d'if charmant, quels parfums tu as répandus, 
— comme des herbes sur une plaie, autour dutriste 
èxilé ! 



Lorsque monte 1'affliction,. comme un vent d'orage (se 
lève) sur la mer, — l'if des morts m'apporte des souve- 
nirs de 1'Arvor. 



N'est-ce pas la plage que je revois lâ-bas, et plus loin 
des navires, — et les cormorans qui croassent en tour- 
noyant autour de la grève? 



Au milieudes vastes bois toujours s^ébattent les oiseaux 
follement, — - avant que le soleil se cache derrière la crête 
des montagnes ; 



Par les chemins creux éclatent les coups de fouet du 
charbonnier, — et la voix du coureur-de-routes, quand il 
chante, si insoucieux ! 



154 BREÏZ 



War-dro koan, ouz ar skol war ann dachen huel, 
Me "fell d'in klevet c'hoaz mamm gez ouz ma gelwel. 



Ar c'hleier a vransell : Vid ann ofern-bred e, 
Evid eur vadeiant, pe d'eur c'haon marteze ; 



Kempennet ann iliz, ha chetu 'tond emez 

Eur rum merc^hed en gwenn, Vel dô gouelar Werc'hez: 



Chouec^h J doug ho mignonez d'he be zo war ar roz 
Chouec'haU' kan gwerz 'digor ann nor er baradoz... 



Bemnoz arsav mouejo 'zo mouget da viken, 
Pa bar ma daoulagad war ar boud ivinen. 



III 

Me 'gar dindan skeud ar stered 
Heulia koumoul en oabl stignet, 
Bale d'ann ineo poaniet. 



BRBTAfcNE 156 



A Fheure dü sOuper, près de la maison d'é<3ole qui était 
sur la place haute, •- ii tùe semble eneore éntendre ma 
pauvre mère m'appeler. 



Les cloches sonnent è, la volée * c'est p&ür la grand, 
messe, — ou pour quelque baptême* oü pour un deuil 
peut-être ; 



L^église est parée, et voici en gortir « añ cortège de 
jeunes ñlles habillées de blane, ftinsi qu'ft la fête de la 
Vierge: 



II y en a six qui portent uiie de leürs campagnes k sa 
tombe.vers la colline, — six autfes chantent le cantique 
qui ouvre la porte du paradis. . . 



Et chaque nuit s'éveillent ainsi les vôix qui se sont 
éteintes dans 1'éternité, — lorscjue tnes fêgâfds tombent 
sur cette branche d^if. 



III 



J'aime sous la luetif des étdilé» <-*» süivfe des yeuxjles 
nuées suspénduesau fifmâménf, — éé^fdnléâôirdes âmes 
en peine. 



156 BREIZ 



Groage 'm euz sellet eur vandenn 
vond en du, goeliet ho fenn ; 
Unanig a semplaz adren ; 



D'hi c'halon dougaz hi dornik, 
Lec'h eur spernen a dreuze mik, 
Ha bleun lili 'bek ar boudik. 



Ha klewet 'm euz 'vid ann noz-ze 
Eur vouezik kun dre ma hunvre, 
Ken truezuz d'in a lare : 



— Mar plijfe d'ac'11 sevel ma foan, 

Distrofed war ma be buhan, 

'R bar ivin boutfed hoc^h-unan...— 



Evid hi c'havout, Doue oar, 
Afenn dre eur mor a c'hl,ic'hlar 
Pe tan ar purkator dispav ; 



Me oar ive oe miret d'in 
Feman en enkrez, bete m'ia 
D'hi diboania war ma daoulin ; 



Ha p'am o savet hec'h anken, 
War ar goabr skanv n'hirvoudo ken, 
Na biken n'hi gwelin, biken. . . 



BRETAGNE 157 



Et j'ai entrevu, un soir, des femraes en procession — 
allant vêtues de noir, un voile sur la tête ; — 1'une, toute 
seule en arrière, eut alors une défaillance; 



Elle porta la main a son coeur : — il était transpercé 
d'une épine, — au bôut de laquelle fleurissaient des lis. 



Or j'ai entendu, cette nuit-lâ, — dans mon sommeil 
une pelite voix douce, — qui me parlait si pitoyable : 



« S'il vous plaisait de me relever de ma pénitence, — 
alors retournez vite sur ma tombe ; — et vous y plante- 
rez cette branche d'if. . . » 



Pour la retrouver, Dieu le sait, — je traverserais une 
mer de douleur — et même le feu incomparable du pur- 
gaioire ; 



Mais je sais aussi qu'elle me fut destinée, — puisqu'elle 
est dans la peine, jusqu'â ce que j'aille — â genoux la 
délivrer ; 



Et, quand je 1'aurai tirée de 1'angoisse, — elle ne re- 
viendra plus sur les légers nuages se iamenter, — et ja- 
mais je ne la reverrai plus, non jamais. . . 



158 BRKIZ 



Ha didruez on 'ta, siouaz ! 
Ma imyen-me ve re waz : ... 
D'ez»hi me dougo nn ivin glaz, 



Fem galvo Doue ma-unon ; 
Ha d'hi zro treuzo ma c'halon 
Gand hi spernen ; ra treuzo don ! 



Ha war-he-lerc'h m'ine poaniet, 
Hoa daouïg ouz skeud ar stered 
Gand ar c'houmoul afomp bepred. 



BRETAGNE 159 



Aussi je ne lui pardonne pas, hélas ! — Ma pénitence â 
moi serait trop dure!... — Mais je luiporterai â elle le 
rameau d*if toujours vert, 



Alors que Dieu m^appellera moi-même ; — et â son tour 
elle percera mon coeur — de son épine, et qu'elle le trans- 
perce profondément ! 



Et mon âme pénitente ne la quittant plus, — tous les 
deux ensemble sous la lueur des étoiles — nôus iroas 
avec les nuées, sans fin. . . 



TOLEN 



Son ar Chupere 16 

Bale Ahez 22 

Perinaïk 28 

Ar Re Chlaz 50 

Ar Mor-Verc'h 56 

War be Brizeuk 62 

Mein-be 68 

I. — Heri Marzin 68 

II. — S. Urrabieta 72 

III. — Hamonik 76 

Ann Gfern Wenn 82 

Lann-Treger 92 

Noz ann Nedelek 106 

Gwerz ar Vartoloded • H2 

Kanoen ar Miliner 120 

Pokar Maro 124 

Hunvre 130 

Son ann Nevez Amzer 136 

Ann Distro 140 

Baro Spern hag Ivin H8 



TABLE DES MATIÈRES 



Lettre-dédicace 1 

L\\ MOT DE POÉTIQÜE 11 

La Chanson de 1'Hydromel 17 

La promenade d'Ahès % 23 

Perrinaïc 29 

Les Bleus 51 

La Fille-de-la-Mer 57 

Sur la tombe de Brizeux 63 

Pierres tombales : 69 

I. — Henri Martin 69 

II. — Samuel Urrabieta Vierge 73 

III. — Hainonic 77 

La Messe blanche 83 

Lo Pays-de-Tréguier 93 

La Nuit de Noél 107 

La Complainte des Matelots 113 

La Complainte du Meunier 121 

Le Baiser de la Mort 125 

Songe 130 

La Chanson du Printemps 137 

Le Retour. . 141 

Rameaux dEpine et d'Jf 149 



4rcis-sur-Aubo. — Typ. Frémonl 



VJ 



Call 7766.1.35 
Breiz : 
W1d«n«r Litirar) 




3 2044 080 772 866 



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